AGAPES FRANCOPHONES 2022
La réhabilitation des héros oubliés de la colonie dans le roman monénembien : entre autophagie du discours dominant et fracture coloniale _____________________________________________________________ ϭϲϭ La figure héroïque d’Olivier de Sanderval s’apparente à celle que forge l’auteur à Addi Bâ. En effet, Addi Bâ et Aimé Olivier de Sanderval semblent être destinés dès le ventre de leurs mères à quitter leurs pays et s’affirmer ailleurs. La destinée du héros du maquis des Vosges est prédite par le griot Bambara en ces termes : « Cet enfant n’est pas d’ici, c’est là-bas qu’il vivra sa vraie vie et c’est là-bas qu’il la perdra. Tu l’accompagneras jusqu’au bord de la rivière puis le Blanc le prendra de tes mains et tu ne le reverras plus jamais. [...] C’est là-bas chez les Blancs, au pays des hommes froids qu’il naîtra vraiment. C’est là-bas que se trouve sa vie, c’est là-bas son vrai nom et sa tombe ! » (Le terroriste noir, 190) Addi Bâ est un Parisien noir, originaire du Fouta-Djalon en Guinée-Conakry. Enrôlé comme soldat lors de la Deuxième Guerre mondiale, il subit la haine raciale de la part de certains Français, l’emprisonnement et la torture infligés par les Allemands. Après son évasion réussie des geôles de la Gestapo, il est recueilli par les villageois de Romaincourt et va mettre sur pied des actions de résistance contre l’occupant nazi. Ce roman réhabilite les soldats noirs ayant péri lors de la Deuxième Guerre mondiale et surtout Addi Bâ, le soldat noir musulman qui défie la Feldkommandatur, la police allemande. La détermination à braver l’autorité allemande, à saboter ses plans avec d’autres têtes de proue du maquis des Vosges vaut à Addi Bâ le sobriquet de « terroriste noir », ce qui donne un aspect épique à sa personnalité. Addi Bâ et les volontaires du maquis des Vosges accomplissent des tâches périlleuses pour sauver ou épargner des Français ou des alliés des griffes de l’ennemi, tel que le décrit Germaine dans le passage suivant : « Retenez que la première mission de la résistance fut de faire passer en Suisse, puis en zone libre, tous ceux qui se sentaient en danger : les tirailleurs en errance, les prisonniers de guerre évadés, les aviateurs anglais, les Juifs, les Alsaciens qui avaient décidé de fuir la germanisation. Et l’on sait aujourd’hui que la mosquée de Paris, qui fut un haut lieu de résistance, a abrité un nombre considérable de Juifs. Et je sais qu’au moins un Juif, le mien, est parti de Romaincourt pour la rue Georges-Desplas. » (Le terroriste noir, 160) La narratrice Germaine expose de manière expressive la déshumanisation des Français lors de l’occupation nazie, mais ne manque pas de rappeler que l’Allemagne qui occupe une partie de la France n’est pas la seule à avoir des choses à cacher. De plus, le fait qu’Addi Bâ, le soldat noir et musulman, demande à la mosquée de Paris de protéger un jeune Juif, une victime probable des pogroms, donne lieu de s’interroger sur la stigmatisation actuelle de la communauté musulmane depuis les attentats survenus à Paris en 2015. L’histoire des deux héros français du roman monénembien suivent une chronologie bien distincte : Addi Bâ est confié au percepteur blanc venu collecter l’impôt à Bomboli après qu’Olivier de Sanderval est expulsé de son royaume de Kahel et que l’administration française a eu le temps d’installer sa machine coloniale. Les deux passages qui présentent leur destinée montrent clairement que l’auteur fait preuve de créativité pour expliquer comment un Français pendant la colonisation devint un seigneur peul et un Noir, un
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