AGAPES FRANCOPHONES 2022
La réhabilitation des héros oubliés de la colonie dans le roman monénembien : entre autophagie du discours dominant et fracture coloniale _____________________________________________________________ ϭϲϯ « Il poussa le pas jusqu’au cœur de la forêt et s’exclama en frappant le sol avec sa canne : — Ici je bâtirai mon royaume ! L’onde de sa voix vibra dans les branchages, se heurta aux parois des falaises et fit résonner la vallée de son écho caverneux et inextinguible. C’était Moïse sur le mont Sinaï, Alexandre le Grand débouchant sur l’Indus, César savourant sa victoire dans les plaines fumantes d’Alésia ! Le chant des oiseaux et le bruit des bêtes s’arrêtèrent une fraction de seconde pour le laisser parler, puis la brousse reprit, comme un hymne à sa gloire, son obscure symphonie. [...] Il ne lui restait plus qu’à tracer ses forteresses et ses palais, ses jardins et ses garnissons et d’ajouter sa petite touche à la gloire perpétuelle du monde. “ Maharajah des Indes, empereur de Chine, maître des deux Égyptes, roi de Kahel ! ” » (Le roi de Kahel, 82-84, je souligne) Le cérémonial qui se produit après la prononciation de ces paroles à a quelque chose de divin, ce qui laisse croire que cette terre lui était destinée et que tout être vivant s’y trouvant l’attendait. De retour de sa première expédition, Olivier de Sanderval est questionné au sujet des Nègres. Quand son ami Jules Charles Roux lui demande s’il est possible à cette race de progresser, il répond que bien qu’elle soit primitive, elle n’est pas exclue de l’évolution – théorie chère à Charles Darwin : «— Vous qui avez vu ces Nègres de près, pensez-vous qu’il soit possible de les sortir de la jungle où la génétique les a emmurés ? — C’est une race primitive, j’en conviens, bien plus proche du singe que de nous, mais c’est une race jeune. Le cœur commence à naître, l’esprit naîtra par la suite. L’évolution mon cher Jules, l’évolution ! » (Le roi de Kahel, 155) L’Africain vu par l’ethnologue ou l’africaniste est un homme à l’état de nature. Le discours que tient Olivier de Sanderval contraste avec le respect qu’il a envers les almami s au Fouta-Djalon en leur présence. De même, les vêtements du Peul qu’il décrit comme « luisants » au Fouta-Djalon (89) deviennent informes quand il est de retour en France : « C’était un régal d’observer ces sauvages fraîchement sortis de la brousse, avec leurs boubous informes et leurs étranges bonnets » (179). Dans le roman Peuls, cet accoutrement traditionnel est pleinement mis en valeur : « Il regarda cette belle élite du Fouta-Djalon venue l’accueillir : ses bonnets de soie, ses beaux chapeaux coniformes, ses boubous indigo brodés de satin et d’or, ses longues lances effilées finement ciselées [...] Dieu vous a donné le savoir, ô Peuls du Fouta-Djalon » (378). L’attitude d’Olivier de Sanderval à l’égard des Peuls sur le sol parisien montre clairement qu’il ment comme tout bon colonialiste lorsqu’il donne une représentation caricaturale de l’Afrique ; cette dernière sert plus à renforcer les stéréotypes qu’à peindre objectivement la réalité ambiante sur le continent. Dans Le terroriste noir, c’est une citation d’un célèbre poème de Léopold Sédar Senghor, lui-même ancien tirailleur, qui est employé comme épigraphe : « On fleurit les tombes, on réchauffe le Soldat inconnu,/Vous, mes
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