AGAPES FRANCOPHONES 2022
La réhabilitation des héros oubliés de la colonie dans le roman monénembien : entre autophagie du discours dominant et fracture coloniale _____________________________________________________________ ϭϲϱ gouvernement français de régler ce problème après la sortie du film Indigènes n’est pas encore réalisée. Célébrer l’héroïsme des soldats africains comme Addi Bâ appelle par conséquent la nécessité d’ouvrir les pages sombres de l’histoire coloniale française. L’invisibilisation des Africains de la mémoire nationale n’est que la suite logique du déni de leur humanité et lamise en place des mécanismes rhétoriques et socio-politiques de leur ensauvagement. La France dans laquelle évolue Addi Bâ est une France mise à genoux, une république qui a perdu sa liberté comme les anciens royaumes et empires d’Afrique qu’elle a soumis. Germaine décrit cette triste période en ces termes : « La France avait cessé d’être une république pour devenir une petite chose quelconque et clandestine. » (24) Cette déclaration se justifie par le joug pesant de l’occupation allemande qui s’approprie toutes les ressources qui existent dans la région et, pire encore, pendant la période de l’hiver. Les habitants des Vosges qui ont de l’empathie à l’égard d’Addi Bâ, mais ne peuvent pas le nourrir comme ils le souhaiteraient, justifient la pénurie des denrées alimentaires par le fait que les Allemands les ravissent. Germaine s’en plaint en ces termes au soldat noir nouvellement arrivé : « Si nous trouvons quelque chose, Célestin vous le portera. Ce n’est pas facile, croyez-moi. Les Allemands prennent huit œufs pondus sur dix. Il en est de même pour le lait, le bois, le blé, le cochon ou le bœuf. Ils se servent d’abord et laissent les miettes aux Français. Comment voulez-vous que le paysan pense aux autres s’il n’a pas lui-même à manger ? » (49) En dehors de les affamer, l’occupant accapare le bois de chauffage, de surcroît en plein hiver, un geste qui démontre que la vie des Français n’a aucun prix à ses yeux. Les 20% du bois qui sont laissés aux Français doivent juste servir à les maintenir en vie ; c’est une image qui s’apparente à celle de l’esclavage que représente si bien Voltaire dans l’épisode du Nègre de Surinam dans le dix- neuvième chapitre de son célèbre conte philosophique Candide. La description de l’occupation allemande vise sans nul doute à exposer sa monstruosité ; or, cette situation est similaire à celle des territoires africains sous la colonisation française. Au Fouta-Djalon on retrouve le percepteur français – qui deviendra le père d’Addi Bâ – annonçant sa venue pour la récolte de l’impôt auprès d’une population du canton de Bomboli que sa nation a soumise. Les recommandations suivantes sont données par ce dernier aux populations terrorisées : « Après trois jours de terreur et de haut-le-cœur, les gens se réunirent autour de lui pour entendre son message : “ C’est mieux si vous avez de billets de banque, sinon vous pouvez donner ce que vous voulez : des poules, des chèvres, des moutons, des bœufs, du riz, du fonio, du mil, du maïs... Vous avez bien compris ? ” On fouilla les greniers et les parcs pour lui apporter ce qu’il voulait . » ( Le terroriste noir, 190-191, je souligne) La colonisation, si on s’en tient aux mots choisis par l’écrivain, est une entreprise terroriste. Le percepteur terrorise les populations guinéennes, comme l’occupant allemand les populations françaises. L’expression « après trois jours de terreur » fait allusion à l’histoire biblique, nommément à la
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