AGAPES FRANCOPHONES 2022

Saloua TOUATI Université de Sfax, Tunisie _____________________________________________________________ ϭϴϬ et de nuances pour flirter avec le terme « impuissance » sans prendre le risque de l’écrire. Ainsi, l’oxymore « sécurité trompeuse » saurait-elle dire l’indicible du livre. Claire de Duras continue à forcer les mots à coups de heurts et phrases exclamatives si bien que le personnage finit par tomber dans les gouffres du discours psychédélique en parlant de « barrière insurmontable ». Hyperbole, certes, un cas curieux de pléonasme, peut-être : le terme « barrière » exprime à lui seul l’idée de disjonction, de séparation et de palissade, l’adjectif « insurmontable » apparaît donc comme une surdétermination, une overdose de mot. La différence serait-elle cette altérité qui épuise les limites de l’individu ? Force est donc de dire que de tout l’arsenal rhétorique déployé dans cette œuvre se ramène, essentiellement, au topos satorien de la différence du héros, qui est une raison de stigmatisation. Aussi nous paraît-il possible d’affirmer que ce topos n’est pas un simple procédé parmi d’autres mais c’est le procédé par excellence qui recèle l’anti-stigmatisation et lance l’impératif de l’acceptation de l’autre. Dominant, ce procédé construit une identité moraliste pour l’œuvre durassienne, suscitant, dès lors, une interrogation fondamentale sur la part du socialement, du culturellement et du politiquement incorrects et/ou impropres de son discours. 3. L’œuvre durassienne : une mise en discours du politiquement incorrect au XIX e siècle Les textes durassiens nous permettent de poursuivre sur un chemin peu emprunté en choisissant des profils complexifiés par leur identité double. Ourika est une esclave élevée dans l’aristocratie française. Aux yeux de la société adoptive, elle n’est ni aristocrate ni française. Au regard de ses compatriotes, elle n’est ni sénégalaise ni esclave. De même Édouard tout en partageant l’espace nobiliaire du maréchal d’Olonne, ne peut prétendre à épouser sa fille. Olivier, ce héros de guerre d’apparence puissante et enviable, est en réalité dépourvu de virilité. C’est d’ailleurs en raison même de cette différence qui dote les trois héros éponymes d’une particularité stigmatisante qu’ils restent confinés dans la minuscule sphère de leur Moi. Tous ces personnages véhiculent les germes d’un monde en marge. Ainsi, la stigmatisation physiologique, raciale et sociale mises en discours à travers trois voix impose-t-elle une dialectique de lecture. En effet, lire Claire de Duras aujourd’hui passe, nous semble-t-il, par la nécessité d’interroger cette écriture qui se plaît à s’immiscer dans l’arène du pouvoir. De toute évidence, diverses sont les parenthèses narratives qui renvoient à l’histoire événementielle de cette première moitié du XIX e siècle. Sur un arrière fond parfaitement correct et docile, l’auteure superpose des personnages marginaux et hors normes ce qui nous permet de décrypter le message doxique et normatif dans cette France de la Restauration. La duchesse de Duras a dépassé les limites du conventionnel en donnant la parole à une négresse, un roturier et un impuissant. Plus encore, le choix du récit à la première personne traduit une volonté de briser les idoles et les idéaux. En tant que sujet s’exprimant à la première personne, Ourika, Édouard et Olivier

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