AGAPES FRANCOPHONES 2022

Ourika, Édouard et Olivier ou le Secret de Claire de Duras : une mise en discours du politiquement incorrect au XIX e siècle ? _____________________________________________________________ ϭϴϭ dépassent le déferlement passionnel pour exposer librement leurs pensées, réfléchir sur les sujets brûlants de leur temps et surtout révéler et esquisser un idéal de vivre ensemble. Le roman-mémoires et le roman épistolaire sont deux moules propices à cette valorisation de l’individu et de la subjectivité d’autant plus que tous les « je » mis en discours sont des êtres de frontières traversés par des désirs et des passions maudites par la société. Sanctifiés et sacrifiés à l’autel de la société, les héros durassiens sont des embrayeurs socioculturels. Leur fin tragique qui rappelle la dimension holiste de la société française au début du XIX e siècle n’est pas des moins symboliques. Elle appelle à l’ordre tous ceux qui osent défier un préétabli que même la Révolution de 1789 n’a pas pu ébranler mais elle dessine pour les happy few , les lecteurs d’aujourd’hui le portrait d’une France en ébullition, d’une France partagée entre les anciennes structures et le rêve d’une monarchie à l’anglaise comme nous pouvons le lire dans cette réplique d’Olivier : « […] je quitterai Lundi l’Angleterre, c’est un pays que je voudrais que vous connussiez, c’est celui de tous où l’on apprécie peut-être davantage la vérité des sentiments et celle du caractère ; ce qui est factice peut devenir une mode chez les Anglais, mais ne pénétrera jamais dans le fond de leurs mœurs, ces mœurs sont simples, et ce qui prouve qu’elles sont pures, c’est que le bonheur et les vertus domestiques sont placés très haut dans l’estime du peuple anglais. » (OS, 200) En évoquant l’Angleterre, Olivier verse dans un jugement appréciatif, il n’hésite pas à invoquer un superlatif absolu « celui de tous » pour mettre en valeur les mœurs anglais. Le modalisateur « peut-être » sert beaucoup plus à exclure la France de cette éthique avantageuse, semble-t-il, qu’à douter de la morale anglaise. Cette vérité est donnée à lire d’une manière plus explicite dans la subordonnée explicative où le « factice » ne peut être qu’« une mode » dans ce pays que tous les héros de madame de Duras convoitent. C’est d’ailleurs à travers l’anadiplose « dans le fond de leurs mœurs, ces mœurs sont simples » où le terme « mœurs » clôt le premier syntagme et ouvre le second que le locuteur insiste sur cette belle interaction entre la politique d’État et les valeurs adoptées par le peuple. Les qualificatifs « simples, pures » sont des marqueurs axiologiques culminant sur une connexion heureuse entre « le bonheur et les vertus ». L’on comprend mieux maintenant cette articulation entre la joie de vivre et les vertus, il s’agit de souligner un lien causal entre la vertu d’un peuple et la prospérité d’un Etat. Force est donc de constater que tels liens ne sont pas sans incidence sur la portée idéologique de l’œuvre qui, faut-il le reconnaître, ne se laisse pas appréhender facilement. Néanmoins l’Angleterre évoquée àmaintes reprises dans les trois romans surtout Édouard et Olivier ou le Secret est une matrice narrative qui contribue à cerner cette portée politique de l’écrit durassien. Le passage suivant est dans ce sens révélateur : « La profession d’avocat est une des plus honorées en Angleterre, dit-il (l’ambassadeur) ; elle mène à tout. Le grand chancelier actuel, Lord D., a

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