AGAPES FRANCOPHONES 2022

Saloua TOUATI Université de Sfax, Tunisie _____________________________________________________________ ϭϴϮ commencé par être un simple avocat, et il est aujourd’hui au premier rang dans notre pays. » (E, 140) « La profession d’avocat » est le point de départ pour une comparaison entre la France et l’Angleterre qui devient une constante incontournable de l’univers durassien, le superlatif « un des plus honorées » fixe l’éloge d’Édouard à travers son métier. Cet éloge sera étayé par un exemple concret celui du « lord D. », ce qui ne laisse aucun doute sur la justice anglaise et l’injustice de la France. L’ascension sociale est donc une question de mérite en Angleterre alors qu’en France, elle demeure depuis le Moyen Âge une question de rang social. Cette comparaison qui fait allusion aux déboires de la Révolution et à la lutte des classes n’est pas sans rappeler l’admiration de Claire de Duras envers ce pays d’accueil 12 . En effet, loin d’être un poncif littéraire, l’Angleterre est ce rêve qui hante l’auteure et qu’elle se plaît à dessiner au fil de ces romans de la façon la plus explicite qui soit : « Je n’ose vous prier, lui dis-je : je crains qu’on ne trouve déplacé que vous dansiez avec moi. [...] Ah ! lui dis-je tristement, je vous prierais en Angleterre » (E, 142). Dans cet extrait la comparaison entre la France et L’Angleterre est prégnante, elle s’inscrit non seulement dans cette comparaison récurrente entre les deux pays qui bat en brèche la structure de l’institution française, mais expose surtout l’éthique au sens que lui donne Jacques Rancière 13 . Claire de Duras s’insurge contre la norme française dans l’ère postrévolutionnaire, elle déplore l’échec de la Révolution et l’attachement des Français à une structure féodale pourtant hautement contestée par les Français. En effet, derrière la souffrance de ses personnages et surtout leur volonté d’aménager la société et surtout de ne pas heurter le conventionnel et le discours normatif se faufile le paysage séduisant d’une monarchie éclairée représentée par l’Angleterre. Dans Ourika, il est question de la Révolution et des années « 1792 » et des « affreuses journées du 20 et du 10 Août » qui loin d’être de simples « indicateurs absolus » nous permettent de lire l’enchevêtrement entre l’histoire personnelle et l’Histoire collective 14 . On ne manque sans doute pas de relever ce lien indéniable entre la souffrance du héros éponyme et les événements tumultueux notamment les conflits entre les libéraux qui défendent les acquis juridiques de la Révolution 12 Claire de Duras a immigré avec sa mère à Londres en 1794, après l’exécution de son père, le comte de Kersaint, officier de marine, écrivain et conventionnel. (v. Trousson 1996, 967). 13 Rappelons que, selon Jacques Rancière (2004), « […] le tournant éthique contemporain est la conjonction singulière de deux phénomènes. D’un côté, l’insistance de jugement qui apprécie et choisit se trouve rabaissée devant la puissance de la loi qui s’impose. De l’autre, la radicalité de cette loi qui ne laisse pas de choix se ramène à la simple contrainte d’un état de choses. L’indistinction croissante du fait et de la loi donne alors lieu à une dramaturgie inédite du mal, de la justice et de la réparation infinis. » (145-146) 14 Dominique Maingueneau note que « [l]a mémoire individuelle se rattache [...] à une “mémoire collective”, elle témoigne ou non de ceux qui ont partagé des idéaux, des événements, des sentiments communs et elle s’exprime sous leur contrôle dans une perspective historique. » (2010, 65)

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