AGAPES FRANCOPHONES 2022
Simona MODREANU Université Alexandru Ioan Cuza de Ia ş i, Roumanie _____________________________________________________________ ϰϰ religieuses, politiques et on se met à les aimer furieusement, à les défendre contre vents et marées – et souvent contre eux-mêmes – à casser images et symboles d’un passé par ailleurs déterminant de notre présent au nom d’un ici-maintenant plus juste, au nom d’une réparation qui vient de toute façon trop tard pour les personnes outragées, d’une reconnaissance absolument légitime et obligatoire, mais dont l’apparence agressive, dépourvue de nuances, est délétère. On aime tout le monde, on applaudit à toutes les différences en considération de la liberté de choix et du relativisme culturel, sauf à la différence élitiste, qui s’embarrasse encore de normes et de canons, on se sent missionnaires, fer de lance d’une génération qui cicatrise les tares infligées par les prédécesseurs, on porte à bras-le-corps tous les malheurs de la planète, on déboulonne statues, mythes et fondements civilisationnels millénaires avec une insouciance dévastatrice… et puis, boum, un malingre virus fait exploser la bulle et on se découvre… seuls. Du coup, on n’a plus envie de clamer son amour universel et d’embrasser les causes perdues, car les franges de la bulle éclatée nous mettent devant l’inanité d’une construction qui repose sur une Matriochka de signifiants qui s’autoalimentent, s’éloignant de plus en plus du signifié originel. Les limites de notre tolérance nous frappent de plein fouet. Le virtuel s’avère paradoxalement impuissant devant la moindre attaque du réel. La solidarité discursive se fracasse dès qu’on sort de son cocon réconfortant, les indignations et autres émois transocéaniques se consomment avec un paquet de pop-corn devant la télé, la somptueuse construction européenne s’étiole derrière les frontières qui se referment sur l’unité nationale et les intérêts économiques, pendant qu’on guette écologiquement ses voisins pour voir s’ils font bien le tri des déchets, et que les jeunes couples se demandent de plus en plus si amener un enfant dans ce monde sert encore à quelque chose… le virus – de la maladie ou de la guerre – nous confronte à nos repères fondamentaux et nous oblige à nous poser les questions essentielles. Le temps est venu, peut-être, de secouer le superflu, de chasser le brouillard des pluri-, inter-, supra-, méta-, etc. pour retrouver d’abord nos assises ontologiques, spirituelles, culturelles uniques, pour envisager une certaine disposition des choses de par le monde, afin de pouvoir ensuite définir les frontières franchissables, le degré de permissivité acceptable. Car tout faire fondre dans l’immense marmite du multiculturel en s’imaginant que le mélange conduira à la pierre philosophale est une illusion d’ignare. Pour qu’il y ait altérité, pour que l’Autre soit véritablement pris en compte en tant que tel, il faut, tout bêtement, qu’il y ait d’abord identité. Nous trébuchons sur nos propres entraves, sur les boulets que nous avons attachés à nos chevilles, en multipliant les contraintes – de plus en plus illogiques, étouffantes et ridicules – d’un côté, et en pulvérisant les délimitations sécurisantes, de l’autre, en acceptant, sous la pression d’une technologie de plus en plus envahissante et perturbatrice à certains égards, que le virtuel tende ses tentacules préhensiles dans le réel, qu’il s’empare même d’une série d’attributs qui étaient, jusque-là, réservés à celui-ci. Et la métamorphose est, peut-être, plus saisissante encore dans l’espace de
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