AGAPES FRANCOPHONES 2022

Salvatore DI PIAZZA Università degli Studi di Palermo, Italia _____________________________________________________________ 76 identifiables 9 , alors l’effet violent se prépare de plus en plus. Nous pourrions y lire une volonté de ridiculiser et, dans ce cas, la rupture du tabou libérerait son potentiel violent. À vrai dire, ce potentiel violent, même s’il est partiellement sublimé, comme nous l’avons dit, même en cas de « bonnes » intentions, dans une certaine mesure garde son potentiel violent pour au moins plusieurs raisons. Tout d’abord, il s’agit de l’effet aliénant que produit, dans tous les cas, la profanation du tabou. Le tabou est par définition une bombe non explosée toujours sur le point d’exploser. Il a à voir avec des interdictions ou des prohibitions, en effet, qui sont en quelque sorte sacrées et, par conséquent, le fait d’assister à sa violation produit de toute façon un sentiment d’éloignement et de malaise – ne serait-ce que momentané. Les tabous, du moins dans une certaine mesure, contribuent à structurer une communauté, à tracer son identité, et leur transgression modifie ce cadre identitaire. En second lieu, il faut noter que l’auteur de la satire, « qui prétend jeter le discrédit sur les vices, l’injustice ou les dissimulations à travers l’humour, sera toujours suspect, sous le noble prétexte de corriger les mœurs par le rire, de laisser libre le cours à sa violence, son mépris et sa haine » (Passard et Ramond 2021, 20). En outre, il faut tenir compte du fait que le groupe-cible n’est pas un monolithe homogène, c’est pourquoi même lorsque la satire émane de ses membres, d’autres membres du groupe peuvent en percevoir la violence ou, a minima, le caractère inapproprié. 4. Discours de haine et liberté d’expression Au sein de la satire à la Charlie Hebdo , comme nous l’avons appelée, il est possible de délimiter au moins deux situations comiques légèrement différentes. Dans certains cas, des situations tragiques sont incluses dans le cadre comique (un tremblement de terre et ses victimes, l’extermination de personnes, etc.) et ce sont les cas dans lesquels il n’est pas facile de dire si ce rire est aussi une moquerie ou s’il s’agit plutôt d’un moyen – extrême et désacralisant – par lequel aborder un sujet terriblement sérieux. Dans ces cas-ci, le registre utilisé est souvent si extrême qu’il produit une différence non seulement quantitative mais aussi qualitative par rapport à d’autres situations satiriques. En outre, une autre spécificité à noter, la reconnaissance des « bonnes » intentions évoquées plus haut, n’est pas immédiate ou, en tout 9 Bien entendu, l’appartenance ou non au groupe-cible n’est pas le seul élément qui facilite la reconnaissance des intentions. L’histoire personnelle de la personne qui met en scène l’action comique, la renommée qui la précède (la doxa , pour le dire encore avec Aristote), la situation particulière dans laquelle la comédie est jouée ainsi que d’innombrables autres facteurs peuvent guider la perception du public dans la reconnaissance des intentions. Dans le cas des caricatures, la reconstruction des intentions est encore plus complexe en raison de la forte charge d’implicite de la caricature elle-même, qui, de par son caractère contracté et allusif, s’ouvre à différents niveaux d’interprétation, plus ou moins violents, dont le satiriste n’est pas nécessairement responsable.

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