AGAPES FRANCOPHONES 2022
Sur le destin du langage, du droit et de la justice à l’heure actuelle : « All a penis is, is just a large clitoris » _____________________________________________________________ ϴϳ fournissent pour payer les pots cassés, l’évitement de la juge Jackson soulève de nombreuses questions relatives et à son intégrité professionnelle et, en tant que magistrat (au sommet de la hiérarchie institutionnelle de surcroît), à son dévouement aux grands principes et critères de la justice et de la morale. Or, la définition du mot « femme » est un acte fondamental, aussi bien linguistiquement parlant que juridiquement. Cela parce qu’une femme comparaît devant le tribunal et devant d’autres instances en tant que porteuse de droits et d’obligations spécifiques, prévus dans des normes et règles juridiques qui régissent indistinctement les êtres humains ainsi que la vie en société, et qui reconnaissent aux femmes des droits de nature diverse dans les sphères publique et privée, tels que le principe constitutionnel relatif à l’égalité femmes-hommes, la non-discrimination à l’égard des femmes, l’égalité civile dans le mariage, la reconnaissance du statut de mère, le droit à l’égalité dans l’héritage, l’accès aux activités sportives, le droit à l’avortement, etc. La juge Jackson élude une réponse en s’appuyant sur un sophisme fallacieux discréditant une magistrate qui postule pour une place vacante prestigieuse. La fracture de logique (y compris linguistique) creuse la sémantique elle-même, et avance l’idée que les définitions sont l’apanage exclusif des spécialistes. Un paralogisme en découle : 1. Les boulangers font du pain, puisqu’ils savent le fabriquer (et le définir) ; 2. Je ne suis pas boulanger ; 3. Donc je ne sais pas fabriquer du pain (ni le décrire ou le définir) – cependant, je sais ce qu'est un pain ; je ne suis nullement mathématicien, je sais néanmoins ce qu'est un triangle. Par-dessus tout, de par sa réponse, en fait de par son absence de réponse, la juge Jackson soutiendrait l’idée que la définition du mot femme devrait être retirée des débats juridiques et, notamment, des dictionnaires. L’avortement est intimement lié à la femme et à la définition du mot « femme » – acte médical qui, mettant fin à une grossesse, est susceptible de comporter des implications au niveau de la santé et d’avoir des conséquences juridiques lourdes. Sous l’influence de certains courants idéologiques à la mode, dont l’égalité des sexes, on serait tenu de séparer « l’avortement » (l’interruption volontaire de grossesse) de la « femme » (mère ou porteuse gestationnelle) ; donc de considérer cette dernière, tout comme les règles, accessible, naturelle et à la portée de tou.te.s. Ainsi, la célèbre fondationMarie Stopes International annonce qu’elle accueille et donne accès au service médical d’avortement aux « personnes de tous genres » (« We welcome and support people of all gender identities to access abortion care services » , Cf. MSI). Étant donné que, selon des thèses récentes, il serait « déshumanisant » de ne parler de l’avortement qu’en référence à la femme, les cliniques pratiquant l’avortement devraient, par conséquent, éviter le « w- word » (de « women »)/ le « mot f » (de « femmes ») dans les brochures de présentation (Lloyd 2021) et, dans ces circonstances, les références aux femmes sur le sujet seraient, selon le magazine féministe Ms. , complètement déplacées car ignorant les transgenres et les personnes non binaires (Ragosta 2021). Afin de prévenir toute discrimination, il serait préférable, dirait-on, de supprimer toute référence aux femmes en général, ceci quels que soient les
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=