AGAPES FRANCOPHONES 2022

Florentin Ţ UCA Roumanie _____________________________________________________________ ϴϴ soins de santé et hospitaliers qui leur sont dispensés. Il paraîtrait plus facile de les désigner par des syntagmes tels que « possesseures d’utérus », « personnes qui allaitent », sans oublier de mettre en exergue l’allaitement fait de la poitrine (« chestfeeding »), et non du sein ( « breastfeeding »), parce que le second choix serait profondément offensant, ergo discriminatoire (Dahlen 2021, 483). En toute logique, on parvient à bannir de toute urgence des dictionnaires d’autres mots perçus comme des offenses : le mot « femme » est suivi des mots « garçon » et « fille », ces deux derniers étant estimés obsolètes, insuffisamment scientifiques et amorphes. Selon Vivian Ware, gérante de l’inclusion et de la diversité à Disneyland, renoncer à de telles profanités, équivaudra à offrir aux enfants une chance d’échapper à la moule procustéenne des genres et à une hypersexualisation (dans Shedlock 2021, « that magical moment for children who do not identify with traditional gender roles » ). En outre, la décision de supprimer les mots des dictionnaires résonnerait avec la nécessité de « décoloniser le genre ». Faisant écho à l’allégation citée en orignal dans le titre de cet article, d’autres militant.e.s transgenre, qui ont participé à la conférence universitaire antérieurement rappelée, jaugent que la compréhension que nous avons du genre, loin d’être osmotique, est fortement manipulable et, de ce fait, contrôlable. Auteur de l’ouvrage Spectrums : Autistic Transgender People in Their Own Words (2020), Maxfield Sparrow en est un représentant soulignant l’importance des mouvements de protestation et qui encourage la révolte contre ce qui pourrait entraver l’identité de l’être humain : « it’s really important to rebel against those restrictions of who one is allowed to be. » (Sailer 2022). Tout en traitant des mots « prohibés », des garçonnets et fillettes, il me vient à l’esprit les termes de « pédophilie » et de « pédophile », également en train d’être tabouisés, surtout par les associations de protection de mineurs, parce que leurs « connotations négatives » sont susceptibles d’éveiller un « sentiment d’inconfort », partagé dans différents milieux – notamment dans le monde académique ! Sur ces entrefaites, lesdits termes seraient à bannir des dictionnaires et, éventuellement, à remplacer par quelque chose de plus pratique, plus doux et « neutre ». Il semblerait qu’aux conditions requises correspondît l’acronyme anglais MAP – Minor Attract Persons, à savoir des « personnes attirées par les mineurs » (v. Lindquist 2021). Une fois ce cap franchi – je souhaite qu’il n’en advienne jamais ainsi, ni de mon vivant, ni ultérieurement – la prochaine étape consisterait à éliminer la pédophilie non seulement du dictionnaire, mais aussi du code pénal. Afin d’exposer la façon dont le droit se saisit du langage et de la langue et d’attester le degré d’influence que les choix linguistiques ont sur le texte juridique et sur le droit lui-même, j’ajoute un exemple emprunté à une idéologie cousine de l’antiracisme. Le jour où Ibram X. Kendi 2 , l’un des militants les plus actifs du mouvement antiraciste étatsunien, a été interrogé 2 Directeur du Centre de Recherches en Antiracisme, Université de Boston, États-Unis.

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