AGAPES FRANCOPHONES 2022
Sur le destin du langage, du droit et de la justice à l’heure actuelle : « All a penis is, is just a large clitoris » _____________________________________________________________ ϴϵ sur ce qu’est le racisme, celui-ci ne s’est pas dérobé (tel que la juge Jackson le fit en parlant du mot « femme ») : « Le racisme est un ensemble de politiques racistes qui contribuent à l’inégalité raciale soutenue par des idées racistes. » La réponse est vicieuse, car la définition est tautologique, l’antiracisme étant défini par lui-même. À cette absurdité, le public a promptement réagi par le rire. Bien que le ridicule ne tue pas, Kendi peine vainement à échapper au ridicule et enchaîne avec la définition de l’antiracisme qui, déclare-t-il, « est un ensemble de politiques antiracistes qui contribuent à l’équité raciale soutenues par des idées antiracistes. » (Shapiro 2021). Saisit-on le ridicule ? Enchaînons toujours sur le racisme moyennant une acception altérée de la méritocratie ainsi qu’un « plaidoyer » contre la compétence professionnelle et contre les talents – « anciens » – comme critères d’évaluation et de promotion. Ainsi, selon Alison Collins, haut fonctionnaire de l’élite pédagogique de San Francisco, la méritocratie n’est qu’une invention raciste fondée sur une prétendue suprématie de la race blanche. Elle renvoie à l’étude « Hiding behind high-stakes testing: Meritocracy, objectivity and inequality in U.S. education », par Wayne Au (« an ideology of meritocracy that fundamentally masks structural inequalities related to race and economic class », 2013) qu’elle paraphrase dans son tweet : lorsque nous disons que certains élèves « méritent » une éducation de qualité, nous admettons implicitement que d’autres ne la méritent pas. Quand nous disons que certaines écoles ont des uniformes, nous acceptons que d’autres n’en aient pas. Lorsque nous décrétons que certaines cultures valorisent l’éducation, nous acceptons que d’autres ne le fassent pas 3 . » (cf. Berrien 2020) De fil en aiguille, à l’évocation des propos antérieurement commentés, un souvenir me revient en mémoire. Il y a de cela quelques années, lors d’une conférence devant un public formé de juristes en herbe, j’ai tâché de faire valoir les critères qui méritent d’être pris en compte lors d’un concours ou d’un recrutement de personnel. La sélection, non discriminatoire tous azimuts, ne jugulera pas la compétence, l’expérience professionnelle, l’intelligence émotionnelle, etc. L’exemple auquel j’ai eu recours est le secteur de la petite enfance et les métiers dits de femme versus la police de proximité et les métiers d’homme. Un jeune étudiant s’est empressé de sanctionner mon point de vue, d’étiqueter mon discours comme sexiste, avant qu’il ne le déclarât irrecevable. Il est fort probable qu’à l’avenir ledit discours sur la méritocratie ne soit estimé comme une hérésie, comme il se produit dans le monde universitaire étatsunien (v. Abbot 2021). Puisque l’on est amenés à parler des étudiants en droit, futurs magistrats, avocats ou procureurs, j’ajouterai à ma liste un autre exemple d’inversion, triste volte-face d’une institution fondamentale autant pour le milieu académique que pour l’état de droit : la liberté d’expression. Un droit fondamental qui vient d’être de nouveau attaqué dans la plus 3 Dans l’original: « When we say some kids “deserve” access to a quality education, we are also inherently saying some don’t. When we say some schools are “academic” we are saying others aren’t. When we say some cultures value education, we are saying some don’t. » (cf. Berrien 2020).
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