AGAPES FRANCOPHONES 2022
Florentin Ţ UCA Roumanie _____________________________________________________________ ϵϬ « incontournable » démocratie de la planète, pas n’importe où qui plus est, à savoir à la faculté de droit de l’Université de Yale : un groupe d’étudiants, juristes in spe , y a organisé un immense scandale dont le point culminant a été l’annulation d’une conférence portant sur la liberté d’expression ! Comble d’ironie – quod erat demonstrandum dans ce contexte –, pour justifier l’annulation de la conférence sur la liberté d’expression, les contestataires ont invoqué le First Amendament , c’est-à-dire la liberté d’expression même. (Shuster 2022) C’est ainsi que, sur la base d’une même culture de l’inversion, l’on arrive à traduire la liberté d’expression par « incitation à la haine » ( free speech is hate speech ). (Furedi 2021) Quant à l’intention proclamée par l’oligarque-excentrique- transhumaniste-voyageur dans l’espace, Elon Musk, de réinstaurer la liberté d’expression sur la plateforme Twitter , sous son contrôle après une récente acquisition, on l’a considérée inquiétante (Pommiers et Clairouin 2022) et, qui plus est, « une atteinte à la démocratie » et comme « une menace contre la civilisation » (Slater 2022). (Je doute que ses intentions visant à valoriser la liberté d’expression soient sincères, mais ce sujet vaudrait la peine d’être développé ailleurs.) La liste des mots malmenés, des concepts mutilés et des définitions retournées sens dessus dessous ou amendées pour des raisons idéologiques est beaucoup plus vaste. J’espère y revenir dans un autre contexte avec une analyse des repères sémantiques et normatifs qui ont infesté nos vies au cours des deux dernières années et qui ont été estropiés selon le mauvais vouloir des gouvernants de tout bord : « pandémie », « immunité collective », « vaccin » et autres diktats de la biosécurité (Matters 2021). En attendant, je préfère passer de l’offense faite aux mots à la pollution infligée aux principes. 2 . Comme nous le savons et – je l’espère bien – nous l’acceptons tous, l’un des grands principes fondamentaux du droit d’après-guerre est celui de l’égalité devant la loi, de nature universelle (s’appliquant à tous les sujets de droit de manière non-discriminatoire). Les exemples que j’ai mentionnés et d’autres encore me font penser à un desideratum de date récente de la justice contemporaine, promu par la mouvance auto-intitulée « progressiste », et qui s’éloigne du principe d’égalité en militant pour que le droit sorte de la zone d’équidistance ainsi que de son statut de non-neutralité (« non-neutrality »). Dès lors que je me réfère à la « non-neutralité du droit » comme objectif de la postmodernité juridique, je prends en considération la tendance de plus en plus fréquente des institutions juridiques de s’inféoder aux idéologies du politiquement correct. Autrement dit, ce système de droit construit en faveur de la paix, de la justice et de la rectitude est de plus en plus souvent obnubilé par le slogan « tolérance, égalité de genre et inclusion », le liberté-égalité-fraternité de l’époque contemporaine, retravaillé selon une grille woke (le wokisme étant une synthèse idéologique de féminisme, LGBTQ-isme, mondialisme, antiracisme et néolibéralisme). Par ailleurs, la tendance de contester la neutralité du droit et de prendre des distances par rapport aux principes d’universalisme et d’impartialité peut
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