AGAPES FRANCOPHONES 2023

Joanna KOTOWSKA-MIZINIAK Université de Wroclaw, Pologne 100 Quant au Feu , les différentes expressions dérivées du verbe familier « foutre » sont très populaires dans le parler des poilus et apparaissent à plusieurs reprises dans des situations émotionnelles. Formulées essentiellement dans trois tournures, « je t ’ en foutrai », « foutre le camp » et « se faire foutre », elles signifient respectivement un juron, un ordre ou une information et une injure. En guise d ’ illustration, plaçons les trois expressions dans leur contexte. D ’ abord, la scène où les poilus attendent leurs rations alimentaires et s ’ impatientent : La faim et la soif sont des instincts intenses qui agissent puissamment sur l ’ esprit de mes compagnons. Comme la soupe tarde, ils commencent à se plaindre et à s ’ irriter. Le besoin de nourriture et de boisson leur sort de la bouche en grognements. […] – Moi, j ’ suis sûr, crie Cocon, que c ’ est c ’ cochon de Pépère qui met les autres en retard. Il le fait exprès […] – J ’ t ’ en foutrai, moi ! gronde Lamuse. (FEU, 20-21) Ensuite, le fragment où les quatre camarades – Pépin, Poupardin, Blaire et Volpatte – , partis à la recherche d ’ allumettes, tombent sur un « Boche » dans une tranchée qui paraissait déserte : À peine l ’ Allemand est-il passé que les quatre cuisiniers, d ’ un seul mouvement, sans s ’ être concertés, s ’ élancent, se bousculent, courent comme des fous, et se jettent sur lui […] on voit briller et disparaître la lame d’ un couteau. L ’ homme s ’ affaisse comme s ’ il s ’ enfonçait par terre. Pépin saisit le casque tandis qu ’ il tombe et le garde dans sa main. — Foutons le camp, gronde la voix de Poupardin. — Faut l ’ fouiller, quoi ! On le soulève, on le tourne, on relève ce corps mou, humide et tiède. (FEU, 219) Enfin, l ’ expression apparaît encore deux fois dans la scène où les caporaux distribuent des grenades aux poilus avant de les envoyer fouiller le terrain abandonné par les Allemands : De nouveaux ordres se colportent de bouche en bouche. […] « Que chaque homme prenne deux grenades ! ». Le commandant passe. Il est sobre de gestes, en petite tenue, sanglé, simplifié. On l ’ entend qui dit : – Y a du bon, mes enfants. Les Boches foutent le camp. Vous allez bien marcher, hein ? (FEU, 264) Et quelques lignes plus loin, Pépin se porte volontaire pour la mission d ’ attaquer les Marocains et la 21 e Compagnie, mais le caporal Bertrand refuse son offre : – Moi ! dit Pépin.

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