AGAPES FRANCOPHONES 2023
La littérature en flagrant délit : l’argot grossier des soldats comme une transgression linguistique 101 – Non, dit Bertrand. C ’ est défendu de prendre des volontaires pour ça. – V A T’ FAIRE F OUT ’ ! Grommelle Pépin. (FEU, 264) En bref, les expressions familières que nous venons de répertorier, forgées sur le mot « foutre », changent de signification selon le contexte. Parfois, elles sont signe de l ’ irritation (des soldats affamés attendant leurs rations alimentaires) ou de la frustration (d ’ un volontaire déçu dans son enthousiasme), et parfois, elles remplacent un verbe de mouvement du type « fuir », « s ’ en aller » (« foutre le camp » pour dire qu ’ il faut quitter au plus vite une tranchée dangereuse ou que les troupes allemandes se retirent de leurs positions au front). La valeur grossière de ces expressions semble pourtant être diminuée inversement proportionnellement à leur usage excessif. Vers une conclusion De 1914 à 1939, du Feu à La Route des Flandres , le langage grossier des combattants a subi quelques modifications, même si sa valeur première reste la même : assurer une décharge libératrice des émotions négatives, indispensable pour le retour à l ’ équilibre mental. Quoique plus fréquents dans Le Feu , les gros mots dans La Route des Flandres véhiculent une plus grande dose d ’ agressivité, ce qui est, peut-être, dû aux différences considérables dans le déroulement des deux conflits armées mondiaux : d ’ un côté, une guerre de tranchées de quatre ans, le face à face entre deux armées de puissance égale, avec des habitudes qui ont eu le temps de s ’ inscrire dans la durée (d ’ où justement l ’ invention d ’ un « argot des tranchées », d ’ une véritable « culture » de guerre) ; de l ’ autre côté, une guerre de mouvement tournant très vite à la débâcle pour l ’ armée française, d ’ où un sentiment dominant d ’ humiliation, d ’amertume, de rancœur à l’ égard d ’ un commandement qui a failli, des civils et de leur égoïsme… Aussi bien Barbusse que Simon tentent à retranscrire leurs expériences martiales avec le plus de détails possible. La description minutieuse de la vie dans les tranchées ou de la longue et pénible déroute à travers la Flandre ; les émotions extrêmes, allant de la colère mêlée au désespoir (au moment où les paysans flamands refusent l ’ aide aux cavaliers français) jusqu ’ au sentiment de la fraternité (entre les poilus de la même
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