AGAPES FRANCOPHONES 2023

Prolégomènes à une poétique contestataire : Le Procès-verbal de J.-M.G. Le Clézio 133 entre autres que certains actants anthropomorphiques sont nommés par leurs initiales et prennent l ’ identité d ’ inconnu (PV, 39). On peut voir en outre qu ’ ici le chien devient un héros (PV, 33-35, 96-113). Il focalise l ’ attention avec d ’ autres animaux tel le rat (PV, 114-125). Le renouveau de l ’ écriture procède également du passage des personnages au second plan, et d ’ une intrigue presque inexistante. Autant d ’ éléments qui confirment l ’ art non- conformiste de Le Clézio et qui incitent à interroger les concepts narratologiques de Greimas. Tout bien considéré, les trois axes que suggère le schéma actantie l 3 s ont difficilement applicables au Procès-verbal étant donné qu ’ ici Adam est l ’ unique pivot de la progression de la narration. Cet élément renforce l ’ idée de l ’ insoumission chez Le Clézio. En outre, le concept greimassien de « programme narratif » qui réfère à une formule abstraite servant à représenter une action dans la narration, se trouve mis à mal au regard de l ’ apparente déstructuration du récit du Procès- verbal . La simplification, mieux la quasi-absence d ’ intrigues dans ce récit qui, est en réalité un enchainement des scènes de la vie aussi bien intérieure qu ’ extérieure du héros, est expressive de la rupture d ’ avec les concepts d ’ intrigue, de réalisme et même de psychologisme, très caractéristiques de l ’ esthétique du roman traditionnel. Cette violation des codes romanesques classiques se donne également à apprécier par la cohabitation pacifique d ’ éléments hétérogènes dans le roman leclézien. Soulignons par ailleurs que la contiguïté de ce texte narratif avec le conte est établie dès la page incipitale. En effet, le roman s ’ ouvre par cette formule spécifique du conte : « Il y avait une petite fois, pendant la canicule, un type qui était assis devant une fenêtre ouverte, c ’ était un garçon démesuré, un peu voûté, et il s ’ appelait Adam, Adam Pollo. » (PV, 15 ; nous soulignons). Cette phrase liminaire ébranle l ’ aspect réaliste du roman qui présente par ailleurs de nombreux indices du genre poétiqu e 4 tel que l ’ atteste l ’ extrait suivant : « Il demande/Il veut Il attend/Il compte sur ses doigts/ et se ramasse pour bondir […] » (PV, 157). 3 Les travaux greimassiens établissent que l ’ axe du vouloir ou de la quête ou encore du désir est celui qui relie le sujet à l ’ objet tandis que l ’ axe du savoir ou de la communication relie le destinateur au destinataire et le dernier axe, celui du pouvoir permet d ’ apprécier les rapports entre l ’ adjuvant et l ’ opposant. 4 Signalons que toute la page 157 (de l ’ édition du PV que nous utilisons) se présente sous forme d ’ une poésie libre.

RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=