AGAPES FRANCOPHONES 2023
Gina PUICĂ Université « Ștefan cel Mare » de Suceava, Roumanie 142 d’origine , ils restèrent toute leur vie en quelque sorte tournés vers le passé roumain d’avant 194 8 (année qui vit la prise intégrale du pouvoir par le régime communiste et le début de la Guerre froide) et très peu sensibles, sinon scandalisés, par les changements socio-politiques que connaissait leur pays d’accueil . Dans leur exil occidental, les doctrines intellectuelles misant sur le progrès les rebutèrent, les avancées sociétales leur apparurent souvent sous un jour douteux, les idéologies réactionnaires, au contraire, les séduisirent parfois. Theodor Cazaban (1921-2016) s’est laissé porter par ces tendances, aux dépens de sa pleine intégration intellectuelle française et de son épanouissement créatif (Puică 2009) . Après avoir donné la mesure de son talent d’écrivain, salué par des critiques importants, en publiant ce qui restera son unique roman achevé, Parages (Cazaban 1963), marqué de ce que Antoine Compagnon (2005) appellerait une très moderne antimodernité , Cazaban se lança tout de suite après dans l’écriture dramatique (il s’y était déjà exercé dans sa jeunesse roumaine), mais ses pièces ne furent jamais mises en scène. Elles ne furent pas non plus publiées de son vivant. Il fallut attendre l’année 2020 pour qu’ une édition bilingue de l’une d’entre elles vît le jour . Il s’agit de Bramboura ou l ’ Esprit puni , rédigée en 1964 et qui avait toutefois connu auparavant une certaine circulation en tapuscrit (voir Puică 2018 et 2023) . C’est ce texte que j’analyserai dans ce qui suit , de façon plus globale d’abord, plus spécifique au regard de l a thématique de l’ ouvrage qui l’accueille, ensuite. 1. Bramboura ou l’Esprit puni – une pièce fièrement réactionnaire Bramboura ou l’Esprit puni est une pièce à thèse, dont le message envoyé au lecteur en est un anticonformiste- réactionnaire. Cazaban y radicalise son antimodernité, déjà présente, mais subtilement, dans son œuvre -phare, le roman Parages . Le lecteur aurait toutefois intérêt à ne pas s’ effaroucher face aux stridences de ces pages et à tenter, au contraire, de voir le tableau dans son ensemble. Ce qui frappe, en effet, c’est l’acuité avec laquelle le dramaturge saisit l’« esprit du temps » (Morin 2017), l ’avènement de la culture de masse et les nouvelles tendances qui s’ imposent dans les années 1960 : le culte de la jeunesse, la promotion des valeurs féminines, la réalité du loisir
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