AGAPES FRANCOPHONES 2023

Bramboura ou l’Esprit puni de Theodor Cazaban : la promotion de l’Esprit considérée comme un délit d’opinion 143 et l’obsession du bonheur, autant de thèmes qu’anal ysait à la même époque Edgar Morin dans l’ Esprit du temps et que Cazaban illustre à sa façon, en marginal contestataire. La pièce tourne autour du protagoniste, Jean Morsang, un employé de bureau, adepte de l’ Esprit, de la maîtrise de soi et du bon ordre établi, donc de la tradition, qui doit répondre devant certaines autorités étatiques (un Commissaire, un psychiatre mandaté par la Préfecture de Paris, etc.) de ses « nostalgies métaphysiques » (57). Lorsque, à la Préfecture (à la « Direction de la Prévoyance Sociale »), on lui impose un examen psychanalytique, au cours duquel il finit par laisser apparaître ses obsessions, sa situation s’ aggrave et la pièce bascule dans la farce tragique d’abord, ensuite dans l e désespoir le plus noir et la mort du personnage. Même si Bramboura ou l’Esprit puni touche à de nombreux thèmes, l’ensemble peut se résumer au conflit entre Esprit, auquel croit JeanMorsang, et Progrès, devant lequel tous les autres personnages s’inclinent. Dans le 1 er acte, Jean Morsang se trouve devant ses enquêteurs (Commissaire, Docteur). Après avoir parlé devant le Commissaire de « métaphysique » et compte tenu de certains événements du passé récent du protagoniste, son attitude est unanimement perçue comme frondeuse et insolente. Morsang est considéré comme un individu « mécontent, donc ulcéré… donc engagé », « inefficace, idéaliste, antipathique, mystique » et … « cocu » (59-60). Qui plus est, il considère l’ examen psychologique qu’il est contraint d’accepter comme « une immixtion dans ses affaires intérieures » (62). Commissaire et Docteur se mettent alors d’accord pour lui jouer leur « petite comédie d’intimidation » (62). S’ensuit un dialogue de sourds, qui touche à l’absurde, où Morsang fait part de son inadaptation aux autres , de l’« impossibilité du dialogue » (66). Il se sent exilé des autres en raison de sa façon de voir les choses. Dans le 2 e acte, l’action reproduit des situations discutées durant l’ examen psychanalytique (comme le dramaturge l’a nnonce dans les toutes premières didascalies de la pièce) : une conversation de Morsang avec sa femme, au cours de laquelle il se laisse porter par ses idées désabusées ; une rencontre fortuite et malheureuse pour le protagoniste avec une vendeuse de journaux ventant les talents de la jeunesse montante, en laquelle le protagoniste ne croit pas, entretien qui finira mal ; une

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