AGAPES FRANCOPHONES 2023
Gina PUICĂ Université « Ștefan cel Mare » de Suceava, Roumanie 144 discussion truffée de clichés entre É mile, l’amant de Mme Morsang, et cette dernière, à laquelle vient ensuite s’ajouter brièvement le protagoniste ; enfin, un dialogue entre Docteur et Morsang, sur ce qui vient d’être raconté par Morsang et sur la façon dont ce dernier devrait s’y prendre pour réussir sa séance psychanalytique (alors que le Docteur l’invite à plonger dans son intériorité, à oublier toute logique, Morsang, qui y résiste, finit par sortir son « bramboura », vocable incompris du médecin, que le protagoniste traduit par : « un rien… en désordre ! », 145). Le deuxième acte se termine par ces propos paradoxaux de Morsang : « Il n’y a plus rien, Doct eur, et il y a indéfiniment de choses palpables. Ce qui frappe dans le néant, c’est son contenu ! » (146). Le troisième acte, enfin, relate toujours le contenu de la séance de psychanalyse au cours de laquelle on voit Morsang assister à une discussion entre son patron, Vavasseur junior, chef d’une entreprise de publicité et néanmoins écrivain, et le père Chancel (prêtre progressiste), mais aussi Mme Vavasseur, sur des sujets qui pourraient se résumer à l’Histoire , vue comme progrès, contre laquelle , poussé à bout par ce qu’il entend, s’insurge le protagoniste. C’est le point culminant de l’action . Le dramaturge quitte le réalisme de la représentation, imaginant une Révolution surgissant sous les fenêtres du bureau de Vavasseur dont Morsang sera la victime expiatoire, avant que dans la toute dernière scène de la pièce , d’une rare mélancolie, la Mort ne vienne trouver le personnage. 2. Discours délictuel et / ou discours libre dirigé contre une « société de contrôle » ? Le caractère réactionnaire de cette pièce est patent, rendant par certains traits, selon les codes d’aujourd’hui , sa lecture presque illicite, puisque on ne peut pas trop dissocier l’idéologie ( car idéologie il y a) de Morsang de celle de Cazaban lui-même. Cazaban oppose ici au discours officiel (à la doxa progressiste), porté par l ’ensemble des personnages sauf Morsang, le contre-discours réactionnaire de ce dernier. Et, sans trop anticiper, disons que les deux discours se valent bien dans leur simplisme jusqu’au -boutiste ! Se déclarant un adepte de l’Esprit (un intellectuel rallié à la tradition), dans son refus de l’Histoire, Morsang n’en est pas moins (et pour cause !) un vrai misogyne, un contempteur de la jeunesse et des bienfaits du
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