AGAPES FRANCOPHONES 2023
Délit(s) politique(s) et crime(s) contre l’humanité chez Jean-Luc Coatalem 157 vint me faire barrage, déclenchant ma culpabilité, je redevenais le fils qui ne la boucle pas, le traître, celui-qui-veut-parler, et du coup je n’osais plus rien ajouter, ni le prendre dans mes bras comme j’aurais aimé le faire tant de fois, car, par tempérament, il ne supportait pas de baisser la garde, de montrer ses failles. (PF, 203-204) Resté seul devant la maison, le fils échoue, encore une fois, de pénétrer au-delà du visible et d’accéder au grand secret qui pèse sur les générations de sa famille. Pourquoi ce silence autour du grand-père Paol, officier français, déporté dans l’Allemagne nazie et mort dans les camps de concentration ? Pourquoi ce refus absolu de parler de lui et d’aller à sa rencontre ? L’insistance de vouloir sonder le passé pour récupérer des informations-clés sur le grand-père et, implicitement, connaître le destin de sa famille, se traduit sous la forme d’une trahison, par la violation de la parole du père (symbole de l’autorité familiale). La décision d’entamer une (en)quête sur les traces du grand-père et d’aller jusqu’en Allemagne, dans les anciens camps de concentration, est évaluée comme une forme de révolte par Pierre, le père du narrateur. Seul dans son projet récupératif, seul dans ses recherches familiales, le narrateur-chercheur choisit la parole au lieu du silence, la confrontation du passé, comprenant son rôle majeur dans la transmission de l’information génétique à travers les générations. Victime lui aussi d’un héritage spirituel traumatique, qu’il avait reçu de son père et qui pèse lourd sur son destin, le narrateur a la capacité de saisir son devoir moral : il est responsable de connaître son passé familial, de se définir lui-même au sein de sa famille, de se comprendre, mais il est aussi responsable de veiller à ce que la transmission de ce bagage spirituel se fasse de manière lisse et holistique (sans nier l’accès au passé aux générations suivantes). Au sein de cette famille, on assiste à des relations familiales dysfonctionnelles, construites sur des absences généalogiques ou bien sur des présences familiales effacées dans la vie de l’enfant. Chez Coatalem, la figure du père taiseux est une modalité privilégiée de mettre en exergue le rôle du géniteur et les conséquences néfastes que son absence (partielle ou complète) peut engendrer. On parle, dans des situations extrêmes, d’un deuil chronique qui tire ses origines d’un événement traumatique, presque impossible à dépasser. Si dans le cas du roman La part du fils, c’est l’arrestation et la mort du
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=