AGAPES FRANCOPHONES 2023
Andreea-Roxana DOBRESCU Université de l’Ouest de Timișoara, Roumanie 158 grand-père Paol qui engendre le trauma familial, dans le cas du roman Le dernier roi d’Angkor , c’est le régime des Khmers Rouges, l’exil, l’abandon du pays et l’enracinement forcé qui sont à l’origine du désordre (familial et surtout mental, psychologique). Or, cette écriture intime trahit les conséquences de la macro-histoire sur la micro-histoire, de l’Histoire sur l’histoire, évaluant ces rapports en termes de résistance et résilience face à l’événement traumatique. C’est ainsi que l’intensité de l’interférence entre ce qu’on appelle macro-histoire (dans ce cas-ci les événements historiques) et micro-histoire (la vie et le destin de l’individu et de sa famille) se mesure en fonction de l’impact de l’une sur l’autre. 3. Trauma intergénérationnel et travail de réparation (psychique) Dans le roman La part du fils , le trauma familial trouve son point d’origine dans le contexte historique de la Seconde Guerre mondiale : après l’arrestation du grand-père Paol s’ensuit la désintégration de la famille, la rupture des liaisons familiales et le repli sur soi. Le père Pierre, la grand-mère Jeanne, l’oncle Renan, tous abandonnent le monde extérieur pour enfermer dans leur intériorité un silence propre, familial, qui leur appartient et que les autres n’ont pas le droit de connaître. Marque distinctive de la famille, la souffrance de la perte se transforme en deuil pathologique, au sens clinique du terme, jusqu’à ce que la situation échappe à tout contrôle : Cette histoire avait fini par sédimenter en lui, le silence était son deuil. Impossible d’approcher, de tourner autour, d’en parler de manière intelligible. Pierre coupait court, éludait, rechignait. Faisait barrage. Chaque tentative pour grappiller une adresse, un nom, la moindre anecdote venait s’y briser […] Que devenir dans cette absence de faits, de lieux et de mots ? J’étais comme dépossédé de moi-même. Car ce qui avait bouleversé mon père me faisait souffrir à mon tour, c’était devenu mon héritage, ma part, et il m’avait fallu à un moment consulter un psychologue pour essayer de sortir de cette spirale qui, d’une génération sur l’autre, recommençait et me rongeait. Ne rien tenter de savoir, n’était-ce pas les abandonner les uns et les autres, et me perdre à mon tour ? Au fond, à cause de ce manque, n’arriver jamais à me saisir en entier ? (PF, 96-97) Cependant, le travail de deuil n’est pas une opération facile car le narrateur rencontre toute une série de difficultés qui l’empêchent d’avancer dans son parcours, à commencer par le silence de sa famille et par le refus absolu de son père de s’y
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