AGAPES FRANCOPHONES 2023

Délit(s) politique(s) et crime(s) contre l’humanité chez Jean-Luc Coatalem 159 impliquer. C’est à ce point que la différence entre la génération du père (responsable de la transmission héréditaire du trauma) et la génération du fils (qui prend en charge la réconciliation passé-présent) s’accentue : si le père se résume à l’acceptation, le fils choisit la confrontation. L’affrontement du trauma se traduit par le retour dans le passé collectif et familial qui vise à récupérer tous les « détails » cachés sous silence. Abandonné par les siens, seul dans ses démarches récupératives, le narrateur du roman La part du fils entame une enquête qui vise à « récupérer » le destin de son grand-père Paol, à lui donner un peu de son identité perdue. Changeant le contexte (historique), mais gardant le même registre (traumatique), dans le roman Le dernier roi d’Angkor , l’auteur-narrateur part sur les traces de l’énigmatique « frère asiatique » Bouk, « exilé » en France pour échapper à la terreur instituée par les Khmers rouges, caractérisé par sa double (non)appartenance territoriale et identitaire : cambodgienne et française. S’attardant sur le rapport macro-histoire – micro-histoire, Patrick Clervoy considère que la perte d’un membre de la famille risque d’entamer la rupture des liens familiaux (2003, 39), faisant ainsi référence aux notions de « moi-peau », « moi- groupe », introduites par Didier Anzieu (1997). Rattaché à une certaine identité groupale et territoriale, plus ou moins affirmée, l’individu est connecté, par sa naissance, à une communauté d’appartenance et à un territoire que celle-ci habite et qui lui imprime une partie de ses caractéristiques définitoires. Habitant l’espace, l’individu laisse son empreinte et sa trace dans ce territoire avec lequel il s’identifie car il y trouve des éléments identitaires. C’est pour cela que les narrateurs de Coatalem s’engagent dans une véritable enquête territoriale, obsédés par un espace qui n’intéresse pas du point de vue de sa dimension géographique, mais plutôt par sa composante affective. Le voyage récupératif entamé, cette exploration du Dehors, ne sera qu’une forme d’autoscopie à laquelle ils parviennent par la connaissance progressive du passé familial, de leurs familles et, implicitement, d’eux-mêmes. Dans le contexte d’un mutisme familial partagé, l’enquête procède toujours de l’intérieur vers l’extérieur, du « connu » vers « l’inconnu » pour appréhender le passé familial à travers l’étude du passé historique. Le processus récupératif et les efforts de réparation psychique font preuve de la rupture profonde instituée au sein

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