AGAPES FRANCOPHONES 2023

Andreea-Roxana DOBRESCU Université de l’Ouest de Timișoara, Roumanie 160 d’une famille déstabilisée par la perte. Prenant comme point de départ l’idée postulée par Clervoy qui soutient que la perte d’un membre de la famille menace la structure et l’organisation groupale au sein de laquelle cette figure occupait une place centrale (2003, 39), l’expérience traumatique se matérialise sous la forme d’une scission, plus ou moins profonde, et de la destruction des liens existants à l’intérieur de la famille. Dans une atmosphère d’extrême tension psychique et affective, le régime communicationnel change de manière radicale : le silence prend la place de la parole, l’ouverture vers l’autre se transforme en repli sur soi et toute tentative d’approcher la source de la douleur est vouée à l’échec. Or, tous ces changements que la perte produit démontrent l’importance de chaque membre de la famille dans la chaîne généalogique. Ainsi la disparition d’un chaînon empêche-t-elle la continuité généalogique dans la lignée familiale et impose la restructuration de l’ensemble pour permettre sa réorganisation. Chez Coatalem, les absences familiales produisent une fissure profonde, de telle manière que l’individuel prend la place du collectif, le Moi prend la place de l’Autre et l’idée de collectivité est remplacée progressivement par l’isolation des individus, par le repli sur eux-mêmes. Dans le roman La part du fils , la transmission du trauma de la perte est favorisée par l’incapacité et, à la fois, par le refus de la famille de dépasser l’expérience du Deuil qui devient le signe distinctif du clan, son héritage spirituel. Allant plus loin, dans le roman Le dernier roi d’Angkor , l’auteur-narrateur renforce l’idée de la désintégration familiale et du silence que le père, en tant qu’autorité centrale, garde sur le passé : c’est ainsi que, un jour, l’enfant asiatique Bouk est introduit dans la famille, sans aucune explication. Il disparaîtra un jour, de la même manière. Retournant à l’idée initiale de réparation, nécessaire pour dépasser le choc de la perte et pour empêcher la fracturation définitive de l’identité familiale, elle implique en premier abord une prise de conscience sur l’impératif de la restructuration- réorganisation du groupe. Or, dans le cas de ces deux romans, il ne s’agit guère d’un travail de deuil collectif, d’un retour dans le passé, imaginé par le narrateur comme une psychothérapie familiale, censée rétablir l’ordre. Seul devant une mission qu’il assume sans avoir l’appui des autres, le narrateur part à l’encontre de ces figures familiales absentes, dans une démarche

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