AGAPES FRANCOPHONES 2023

Délit(s) politique(s) et crime(s) contre l’humanité chez Jean-Luc Coatalem 161 qui lui oppose silence, oubli et mémoire faible. Privé de sa part de vérité, de ses connexions généalogiques, le sujet part à la recherche de la vérité, de cet Autre familial et identitaire, sans lequel il ne peut pas se définir. Cet Autre prend des figures différentes (le grand-père Paol, le « frère asiatique » Bouk) pour suggérer l’impossibilité de l’individu de définir sa propre identité sans se rapporter à l’Altérité qui en est partie constituante. Finalement, cette (en)quête généalogique va faciliter la (re)construction d’une identité familiale et d’une identité propre puisque les personnages que l’auteur-narrateur cherche ne sont que des variations de lui-même, des visages de sa propre personne, jusqu’alors inconnus : Chaque fois que j’entendrais parler de l’Asie, il me paraîtrait me réveiller, toucher une part de rêve plus réelle que la réalité, des ailleurs qui m’appartenaient. Quel était ce théâtre où, libéré de moi, exalté par l’espace, j’aurais pu avoir un rôle à ma convenance ? Et qui était celui-là, jeté dans les rues grouillantes d’indigènes et de cyclopousses, franchissant un affluent du Mékong, sinon un autre moi-même, plus âgé et plus fort ? Sur leurs traces, s’ouvrait une vie dangereuse. Elle nous aurait rendus enfin à nous-mêmes. (DRA, 55) Considérant l’individu comme produit de l’Histoire, Bonetti et De Gaulejac assument déjà qu’il est le résultat du concours des facteurs sociaux et psychologiques (1988, 57), comprenant par cela l’influence exercée sur son devenu par le milieu social dans lequel il a vécu et la manière dans laquelle il a perçu et assimilé les caractéristiques de l’espace social. Les deux chercheurs soutiennent qu’au départ, l’individu est un héritier, ses choix, ses opinions, toutes ses caractéristiques étant la résultante de sa biographie qui le place dans la succession généalogique (57). Si la structure identitaire de l’individu se construit par la stratification des éléments inhérentes à la communauté qu’il habite et qui lui transmet des « valeurs » héréditaires, la non-transmission va contribuer à la naissance d’une identité faible, déstabilisée, toujours en pleine (re)configuration. Plaçant les mécanismes relationnels et réactionnels de l’individu sous l’emprise de son expérience biographique, on se rappelle la théorie de l’habitus de Pierre Bourdieu qui parle de la construction identitaire par l’absorption des habitus (1980, 75). C’est ainsi que, ayant vécu au sein de sa famille, l’individu se laisse façonné par les autres qui modèlent ses caractéristiques identitaires. Cette transmission inter- et trans- générationnelle, héritage de la famille, assure la

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