AGAPES FRANCOPHONES 2023

Délit(s) politique(s) et crime(s) contre l’humanité chez Jean-Luc Coatalem 167 Au-delà des traumas psychique et physique des victimes de ces délits politiques, de ces crimes, nous nous sommes intéressée plutôt, par les objectifs de notre analyse, aux effets produits par les événements historiques tragiques sur la collectivité et sur l’individu. Or, chez Coatalem, l’individuation est peut-être le premier processus psychique qui ne se produit pas ou qui se produit de manière déviante car l’individu sans (re)pères doit (se) construire une nouvelle identité en dehors du groupe auquel il n’appartient plus. Les effets post-traumatiques se voient au niveau de l’activité mentale de l’individu, incapable de se détacher de l’événement-source qui modifie ses relations avec les autres membres de la communauté : si dans La part du fils , le petit-fils narrateur ne peut plus vivre dans le climat toxique de l’absence du grand-père, du silence du père qui ne lui permettent pas de se construire une identité propre, dans Le dernier roi d’Angkor , Bouk se définit par un entre-deux identitaire et territorial, resté en suspense entre deux communautés qui ne l’acceptent pas et qui ne le reconnaissent pas en tant que membre. Tout comme dans le roman La part du fils , on rencontre le même blocage identitaire, les mêmes signes d’inconsistance identitaire dans Le dernier roi d’Angkor, chez Bouk : La vérité est en nous, n’est-ce pas ? Mais je vais vous dire, monsieur, en plus, cet enfant [Bouk], même s’il est khmer d’appartenance, est un barang au- dedans de lui. Il ne parle pas notre langue, il ne connaît personne, n’est lié à aucune famille, il restera un étranger pour les paysans. En France, il passait pour un cambodgien ; ici, c’est un Français. Où qu’il soit, il ne sera jamais d’ici. Il est plus proche de vous que de nous ! (DRA, 214) Le clivage produit entre le Moi et l’Autre explique l’échec de la subjectivation, comprenant par cela que le Moi se trouve incapable de s’approprier des événements qui ont eu lieu et qu’il ne peut pas représenter sur le plan mental, refoulant ces souvenirs (voir Bertrand 2005, 24-25). Le ratage de la subjectivation comporte des risques bien considérables pour l’individu qui, dans l’absence d’un espace de développement bénéfique, positif, va se confronter à une véritable crise identitaire. Conclusion Par son écriture du réel, par son souci de documenter ses récits où il aborde la problématique de la filiation en oblique, de la transmission héréditaire défectueuse, Jean-Luc Coatalem

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