AGAPES FRANCOPHONES 2023

Claudiu GHERASIM Université de l’Ouest de Timiș oara, Roumanie 172 qui alterne entre la première personne et la troisième personne du singulie r 3 , nous plonge dans une histoire familiale marquée par la mort et le suicide qui empêchent le protagoniste, le « seul restant » (TSVN, 16), de progresser. Après la perte de son frère, Jérôme, qui s’est pendu, et la mort soudain e de sa mère, Esther, et de son père, surnommé « Gatsby », Thésée fuit le lieu de la « tragédie », la ville de l’Ouest , à savoir Paris, pour aller vivre avec ses trois enfants à Berlin, la ville de l’Est , dans une autre langue et dans une ville sans mémoire : « je veux retrouver le présent / et aller vers l’avenir . » (TSVN, 70 , souligné par l’auteur ). Dans son « voyage au bout de la nuit », Thésée emporte avec lui plusieurs cartons d’archives familiales, ce qui provoque ainsi la présentification de l’Histoire de trois générations de son côté maternel ; le roman devient un récit cadre de la filiation qui s’impose dans « la vie nouvelle » de celui qui reste. Comme la mort de la filiation directe impose la solitude, la perte et l’abandon, le protagoniste reste le fils qui s’adresse à ceux qui ne sont plus. Il commence à parler à « [s]es chers petits parents » (TSVN, 90), Esther, fille d’un grand industriel, et Gatsby, deux flamboyants baby-boomers, en leur racontant l’histoire de leur genèse, leur Trente Glorieuses : « l’âge de l’abondance dans la ruine duquel nous grandirons . » (TSVN, 90). À partir de son départ dans le souvenir de la famille, le voyage du protagoniste, devenu un documentariste, est jalonné asymétriquement par deux « retours » symboliques dans le passé de la famille de son côté maternel conservé dans les cartons d’archives. Un premier retour est provoqué par la découverte d’un texte écrit en 1937 par l’arrière -grand-père de Thésée, Talmaï, qui parle de son fils mort de maladie, le petit Oved. Le garçon avait une passion pour l’histoire de France et ses dynasties, en incarnant « l’enfant qui voulait être le Premier Roi juif / de France » (TSVN, 51 , souligné par l’auteur ). Ce récit, qui se prolonge par le suicide de Talmaï deux ans plus tard, dévoile les catastrophes de l’aube du XX e siècle, tout en illustrant un monde où la mort gouverne le « noyau » de la lignée non seulement de Thésée, mais encore d’un siècle. L’autre découverte familiale se trouve dans les lettres de Nissim, le frère Laumier, on pense en particulier à Austerlitz (2001) où des images intégrées dans le texte subissent une réinterprétation fictionnelle (2023, § 17). 3 « Thésée dit “ il ” ou “ je ” , indifféremment. Jeu de prénom qui cache, met à distance, confond les voix. » (Toledo, le 23 mars 2021).

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