AGAPES FRANCOPHONES 2023

Labyrinthe(s) du traumatisme intergénérationnel dans Thésée, sa vie nouvelle de Camille de Toledo 173 de Talmaï, né à Andrinople, « l’ oriental , le juif , le devenu français » (TSVN, 205 , souligné par l’auteur ) qui voulait donner sa vie sur le front, qui était si ardent à se battre pour la France en 1914 et à s’opposer à l’ennemi allemand. Dans ce retour historique, nous rencontrons la perspective de Nissim qui fraternise avec les goumiers, ses frères d’armes, tout en observant finalement l’impact de la guerre et, implicitement, du sacrifice : « Nissim est mort sur le front / en 1918 / dans l’une de ces journées qui annonçaient la fin des combats / ce que l’on espérait être alors le dernier sacrifice / avant une paix éternelle. » (TSVN, 234). Même si Thésée décide de quitter le lieu de la tragédie, le progrès que l’homme moderne attend n’arrive jamais dans sa vie ; bien au contraire, il observe que le passé et l’Histoire (familiale et collective à la fois) posent des limitations à chaque pas, à chaque fuite, car la fatalité crée un effet domino intradiégétique du trauma généalogique ; une histoire fait tomber une autre voisine et ainsi de suite, les dominos continuent de tomber : « Thésée, ignorant, moderne et vaincu, doit bien reconnaître qu’il en est là : le passé est en lui une mine qui explose, qui a déjà emporté son frère et qui attend un peu plus loin pour le prendre aussi. » (TSVN, 157). En ce sens, le protagoniste exprime une souffrance agaçante qui impose un retour dans le passé inconnu ou redécouvert, personnel ou collectif, pour qu’il puisse retrouver le sens du présent et la force génératrice du futur, à savoir ce qui peut arrêter la réaction autosuffisante du trauma . Pour façonner cette (re)visite, l’auteur se transforme lui-même dans ce récit automythobiographiqu e 4 en le protagoniste Thésée, toujours influencé par le mythe de Thésée, son double, qui cherche à comprendre l ’architecture labyrinthique de l’existence. « Il est d’autres labyrinthes que le labyrinthe de Crète » (2009, 243), écrit Pierre Brunel dans son analyse de la transposition d’un « labyrinthe des rues » à un « labyrinthe de soi » chez des « nouveaux poètes maudits ». Une nouvelle 4 Comme Viart l’explique, l’« automythobiographie » représente une écriture de soi (concept compris par sa complexité de variations et formes et par sa mise en cause des conventions de l’écrit) qui ventriloque une figure autre pour s’exprimer in absentia . L’objectif de l’écrivain est de découvrir comment exprimer les pulsions, les désirs et les frustrations qui l’animent en utilisant une figure différente, qu’elle soit historique ou mythique (2008, 107).

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