AGAPES FRANCOPHONES 2023

Claudiu GHERASIM Université de l’Ouest de Timiș oara, Roumanie 174 transposition du labyrinthe se concrétise dans le roman Thésée, sa vie nouvelle de Camille de Toledo qui décortique les manifestations dédaliques du traumatisme intergénérationnel : omniprésents dans l’espace (labyrinthe spatial) et le temps (labyrinthe temporel), les traumas généalogiques arrivent à hanter même l’écriture (labyrinthe textuel) : « Je savais qu’il y avait ce passé qui était comme une bombe généalogique, avec des secrets, des hantises. Thésée, sa vie nouvelle présente sous la forme d’un mythe reconfiguré, entre le poème et l’enquête, un voyage dans le temps. » (Toledo, le 20 août 2020). La littérature constitue ainsi un terrain fertile pour explorer les facettes complexes du « délit » en tant que thème littéraire à travers les traumatismes associés à la guerre, au suicide, ainsi qu’à d’autres expériences traumatisantes. Pour expliquer et interpréter la transposition du mythe de Thésée et son rôle dans le roman, nous avons l’intention de déchiffrer l’encodage de l’écriture du palimpseste de Camille de Toledo qui valorise la liaison labyrinthe-trauma, en nous servant de la mythocritique comme méthode d’approche (Brunel 2016 [1992]). En ce qui suit, nous nous proposons d’étudier la « flexibilité » de ce mythème qui, mentionné treize foi s 5 dans le roman, s’impose à la fois comme structuré et structurant, « c’est - à- dire qu’il se présente dans l’œuvre autant comme thème que comme structure, influençant ipso facto les stratégies et le type d’écriture ». (Montambault 2013, 8). À partir d’une perspective psychogénéalogique et mythocritique à la fois qui privilégie l’écriture comme fil d’Ariane , notre contribution essaye de répondre à la double question qui ouvre l’analyse de Pierre Brunel sur le texte labyrinthique de Michel Butor, L’Emploi du temps (1956) : « Mais est-il dans la vocation du texte de se perdre ? À devenir labyrinthe, disparaît-il en tant que fil d’Ariane ? » (2013, 19). 5 Cette remarque quantitative détermine non seulement l’émergence explicite (Pierre Brunel)/patente (Gilbert Durand) du mythème dans le roman de Toledo, mais encore sa valeur symbolique structurante qui façonne l’univers et la « texture » romanesque sous l’influence du nombre treize : « D’une façon générale, ce nombre [13] correspondrait à un recommencement, avec cette nuance péjorative qu’il s’agirait moins de renaître que de refaire quelque chose. Il représenterait, par exemple, la perpétuelle remontée du rocher de Sisyphe ou le tonneau des Danaïdes impossible à remplir. » (Chevalier 1982, 965). Plus ou moins cherchée par l’auteur, la nuance péjorative du recommencement sisyphéen s’ajoute à la modulation du mythème du labyrinthe pour suggérer la perte, l’errance et la réitération .

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