AGAPES FRANCOPHONES 2023

Claudiu GHERASIM Université de l’Ouest de Timiș oara, Roumanie 176 secrets de famille, des chocs corporels et mentaux, des traumas in absentia ) pour élucider et traiter les intrications généalogiques. En s’inspirant du travail d’Anne Ancelin - Schützenberger, Toledo construit son roman sous la forme d’un génosociogramme, à savoir un arbre généalogique complexe qui indique le réseau de liens affectifs et les effets de la guerre, de la dispar ition et du suicide qui s’étendent à la fois dans l’espace et dans le temps : « À sa manière, Thésée, sa vie nouvelle est un génosociogramme en action, tourné sous la forme d’une enquête à partir d’une mort volontaire, celle d’un frère . » (Toledo, le 20 août 2020). Il y a dans la composition du roman, un dialogue entre la psychogénéalogie et l’épigénétiqu e 10 qui donne à savoir sur le trauma de l’histoire et de l’Histoire vu que la « matière humaine », de même que « toute matière vivante [et] organique », conserve et empreinte des événement s 11 (Toledo, le 20 août 2020). De plus, comme le roman nous montre, l’étude de ces intrications généalogiques peut dévoiler des épreuves qui empêchent le progrès du sujet, ce qui ouvre une nouvelle voie au roman, celle de la traumatologie. Le livre Le corps n’oublie rien de Bessel van der Kolk, cité par l’écrivai n (le 20 août 2020), montre comment cette branche de la science étudie le trauma et son irradiation dans le corps (le système nerveux). En effet, l’épigénétique et le s différentes théories transgénérationnelles et transgénéalogiques permettent à Camille de Toledo de s’écarter des approches principales du trauma, à savoir la psychanalyse et les neurosciences qui constituent en grande partie les fondements de la psychiatrie contemporaine, vu que « [l]e lieu du trauma dans Thésée, sa vie nouvelle est le corps et plus largement la matière » (Laumier 2023, §33). En suivant l’émergence du trauma, l’écrivain débute le roman avec l’« évènement » 12 : « un père dénoue seul la corde à laquelle son 10 L’étude des changements dans l’activité des gènes (voir Morange 2005). 11 Afin de valoriser ce lien entre la psychogénéalogie et l’épigénétique – une « hypothèse en acte » (Toledo, le 20 août 2020, souligné par l’auteur) – , Camille de Toledo fait référence à un article scientifique (Klosin et al. 2017) « où l’on apprend que / les modifications du comportement d’un gène causées par / UN SEUL TRAUMA / en l’occurrence, un “ stress thermique ” / peuvent s’observer pendant / QUATORZE GÉNÉRATIONS . » (TSVN, 227- 228, souligné par l’auteur) . 12 Au cœur de tout psychotraumatisme réside un élément essentiel et incontournable qui est à la fois à l’origine de son émergence et de sa nature : l’évènement (voir Damiani et Lebigot 2015, 94).

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