AGAPES FRANCOPHONES 2023

Claudiu GHERASIM Université de l’Ouest de Timiș oara, Roumanie 178 doit être à son tour légendée par ceux qui le consultent. L’ activité de « légender la légende » décrit parfaitement l ’objectif du roman. L ’auteur y tisse des archives pour créer une autre légend e 16 (Toledo, le 20 août 2020) , d’autant plus que ce livre est la suite d’un projet intitulé « Écrire la légende » (2018), dont il adopte le principe consistant à partir de photographies provenant des archives familiales pour les interpréter, à savoir légender la légend e 17 . Il reprend également les questions soulevées par ce projet : « […] est- ce l’image qui dit le vrai ou sa légende ? Est -ce le texte qui fabule autour de la preuve ou le faux de la preuve qui se dissout grâce aux commentaires ? » (Toledo, le 16 avril 2020). Ces questions suggèrent que les photographies (considérées comme des preuves du passé) comportent une part de fausseté que le récit qui en découle peut non seulement révéler, mais aussi déconstruire (Laumier 2023, § 2). Cette réflexion souligne que la réalité est enchevêtrée de fictions qui influencent notre perception et que la fiction issue de l’écriture littéraire a un impact sur la réalité elle-même : « Elle peut notamment reconfigurer les fictions et les récits à l’intérieur desquels nous pensons le monde, le passé mais aussi l’avenir . » (Laumier 2023, § 2). C’est donc dans ce cadre d’enquête que le processus de légender la légende prend forme, comme « une fouille du temps passé, écrit à l’aide d’archives, de docume nts, de récits reçus » 16 L’archive joue un rôle essentiel dans sa résidence de création artistique, « la chambre d’enquête », autour du thème « Enquêter, enquêter, mais pour élucider quel crime ? », organisée par la Fête du Livre de Bron, European Lab et l’École urbaine de Lyon. Grâce à cette installation artistique, l’écrivain met en scène sa démarche artistique et littéraire, qui comporte des archives personnelles, des photographies, des référenc es et des questionnes, pour exposer et suivre l’h/Histoire, la généalogie et l’héritage. Ces enjeux artistiques se traduisent dans le roman par la formule « légender la légende » . D’autres informations sont disponibles sur le site web de la Fête du livre de Bron : https://www.fetedulivredebron.com/2021/06/25/camille-de-toledo-en- conversation-avec-camille-louis/ (consulté le 4 février 2022). 17 Dans le cas de Camille de Toledo, la « légende » est façonnée par une dualité dynamique, à la fois documentaire et fabulaire. S i l’objectif est de fournir aux photographies familiales les légendes qui leur font défaut, cela implique aussi la création d’une nouvelle légende, en prenant le sens d’une fable (Laumier 2023, § 14), ce qui a engendré des débats lors de la publication du roman. Cela se manifeste à travers les modifications et les altérations apportées à la généalogie juive de l’auteur et aux éléments révélés par l’enquête qui s’avèrent être fictifs ainsi que par l ’ utilisation de prénoms fictifs tels que Nathaniel, Esther et Talmaï (voir Paulian, le 18 novembre 2020). En suivant une trajectoire non linéaire à travers ces deux paradigmes et les moments clés de l’histoire du trauma, le roman dessine cependant l ’image d’une conception alternative du trauma « qui serait apte, pour le narrateur, à “ organiser nos narrations autrement ” » (Laumier 2023, § 33).

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