AGAPES FRANCOPHONES 2023
Labyrinthe(s) du traumatisme intergénérationnel dans Thésée, sa vie nouvelle de Camille de Toledo 179 (Viart, Vercier 2008, 94) qui conduisent vers ce qui est à découvrir dans l’« inframince ». Dans le roman, l’archive, qui englobe des lectures différées, devient une archive comme « menace », à la fois indice d’un crime et menace d’un meurtre : « […] cette archive, c’est ce qui se présente sous le jour du revenant menaçant : elle est une masse concentrée de peurs . Elle coïncide avec ce qu’il faut traverser pour revenir à la vie . » (Toledo, le 20 août 2020 , souligné par l’auteur ) 18 . 2. L ’espace Le voyage du héros mythique, traduit dans le roman par la fuite du fils qui reste, engendre une succession (ré)organisée de mythèmes (interprétés et rapprochés) qui marque son parcours. L’u n de ces mythèmes qui fonctionne comme élément patent de la transtextualité est le labyrinthe . Ainsi que le Dictionnaire des symboles nous montre, le symbole du labyrinthe a été fortement lié à la figure du novice qui, dans son voyage existentialiste d’initiation, entre dans le territoire de la mort (la porte d’une autre vie) pour accomplir la transformation du soi : Thésée doit entrer dans le labyrinthe pour sauver les Athéniens et devenir roi. On remarque également deux motifs toujours associés à son architecture, à savoir la spirale et la tresse qui font référence aux aspects plus abstraits comme le voyage du retour et la transformation progressiste du néophyte, tout en marquant finalement la victoire « du spirituel sur le matériel et, en même temps, de l’éternel sur le périssable, de l’intelligence sur l’instinct, du savoir sur la violence aveugle » (1982, 556). L’hypertexte transpose ce mythème essentiel de la matérialisation de l’idéal, en conservant sa qualité symbolique. De toute façon, le protagoniste moderne rejette le modèle mythique de la confrontation et de la transformation de soi : « il fuit le labyrinthe, observe les éclairs de lumière qui frappent aux vitres du train en cisaillant la nuit…/ cette ville [Berlin], il pense, c’est le lieu que j’ai choisi / pour relancer la vie / pour dévier la lignée des hommes qui meurent / pour leur échapper . » (TSVN, 18 C’est ainsi que se forme esthétiquement le lien entre l’histoire personnelle et l’Histoire collective qui sous -tend le récit de filiation : un projet « archéologique » en prose, souvent fragmentaire, où un individu réel entreprend de reconstituer, à travers une enquête, des hypothèses et la collecte d’informations ou de documents, la vie d’un parent ou d’un ancêtre. Animé d’une conscience métalittéraire, l’ écrivain met en évidence la vie individuelle de cette personne devenue personnage, prise dans les contraintes filiales et socio-historiques (Viart 2019, 18).
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