AGAPES FRANCOPHONES 2023
Claudiu GHERASIM Université de l’Ouest de Timiș oara, Roumanie 180 39-40 , souligné par l’auteur ). Au premier coup d’œil, le labyrinthe, spatial et émotionnel à la fois, est représenté par Paris, « une nécropole » (TSVN, 23), le lieu de la tragédie, cette « ville natale » où la filiation directe meurt et où « tout tombe et la vie est maudite » (TSVN, 15). Pour se régénérer tout comme le phénix et assumer son rôle d’homme moderne, le seul fils restant quitte « les ciels lourds de la ville de l’Ouest, le gris des toitures, les couleurs pâles » (TSVN, 18) à la recherche de sa vie nouvelle, en rejetant le « labyrinthe de sa généalogie » (TSVN, 32). Même s’il essaie de tout oublier, trahir puis disparaîtr e 19 dans la ville de l’Est, treize ans après la mort de Jérôm e 20 , Thésée se rend compte qu’il ne réussira jamais à sortir du labyrinthe ; le territoire de la mort est partout et l’effet domino intradiégétique du trauma généalogique le hante. En ce sens, Berlin ne représente que le prolongement du dédale spatial – « les ombres des siens l’ont suivi dans la ville de l’Est » (TSVN, 63), « la ville de l’Est enveloppe Thésée de son voile d’ombres » (TSVN, 77) – où il rencontre de nouveau la corde du passé qui le plonge dans le labyrinthe de la généalogie : […] c’est un feu qu’il cherche à éteindre en délaissant des pans de sa vie intérieure ; il fuit ce qui est en lui, une terre brûlée où l’attendront plus tard les foyers délaissés de ses peines; des feux qui – il le découvrira en tombant – auront eu le temps de gagner du terrain; alors, de ce qu’il a été aux yeux des autres, un jeune homme moderne, il ne restera rien ; à force de courir, il se sera détruit ; et son existence se sera repliée dans un écrin de pudeur qu’il ne pourra plus partager ; à l’Est, il n’aura pas retrouvé sa vie, seulement les brumes de l’hiver et les bribes de ce qu’il nommera plus tard : la lignée des hommes qui meurent … (TSVN, 27 -28 , souligné par l’auteur ) Ainsi se construit une transposition de l’extérieur à l’intérieur, du labyrinthe urbain au labyrinthe de soi ; l’extérieur est vu et décrit par les yeux de l’intérieur dans une manière romantique qui valorise la description affective de l’espace , notamment de la mémoire familiale ancrée dans l’espace vu que chaque souvenir est associé à un repère spatial : « le souvenir de l’espace habité 19 Nous faisons référence au titre du roman de Camille de Toledo publié en 2014 aux éditions du Seuil. 20 Ce nombre semble ainsi façonner l’impact du mythème du labyrinthe dans le roman : « et ce qu’il compte aussi, ce sont les treize années qui se sont écoulées depuis la mort de Jérôme, son frère, qui rêvait de montagnes et de grands horizons ; treize ans d’efforts pour oublier et rompre avec les siens ; […] pourquoi son corps en feu, treize ans après la mort du frère ? treize ans et tout s’aggrave, nul ne parvient à l’aider ; » (TSVN, 63-64).
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