AGAPES FRANCOPHONES 2023
Labyrinthe(s) du traumatisme intergénérationnel dans Thésée, sa vie nouvelle de Camille de Toledo 183 « vient de l’hébreu “ nessim ” , “ miracles ” » (Huynh le 20 août 2020) – provoquent la peur de Talmaï de perdre ses autres enfants, une peur très concrète qui persiste et qui se transme t 23 par le corps-mémoire après le suicide de l’arrière -grand-parent ; en ce sens, le manuscrit aiderait Thésée à conclure : dans son train, Thésée pourrait, s’il avait lu, d’ores et déjà comprendre que c’est à partir de là, de ce geste de désespoir que se déploie la lignée des hommes qui meurent ; s’il n’avait pas si peur des échos du passé qui ricochent d’âge en âge au cœur de la matière, il aurait pu regarder vers l’arrière . (TSVN, 58) Pour souligner l’impact de ce temps historique qui arrive à se mêler à l’histoire de la famille, Toledo recourt à la métaphore du ricochet : nos vies individuelles peuvent être comparées aux impacts à la surface de l’eau, générant des ondes autour de ces points d’impact. Chaque vie est ainsi représentée comme un cercle d’ondes. Dans ce roman, l’auteur s’efforce de scruter la pierre qui a causé l’impact, cherchant à découvrir « d’où elle a été lancée » (le 23 mars 2021). Il s’arrête ainsi à la Grande Guerre pour « dévisager la pierre » par l’entremise d’une « remontée lointaine » : « Il se trouve que pour qui veut repenser la matrice de l’Europe, pour qui s’intéresse au monde que nous aurions à bâtir, à partir des morts, la Grande guerre est un creuset, le melting pot de tous les cadavres du monde. » (le 23 mars 2021). C ette position interrogative de l’écriture inquiète du présent est toujours déclenchée par une « anamnèse familiale » qui conduit à la source de la pierre, d’où elle a été lancée. La Grande Guerre et son ricochet forment donc la première tresse du labyrinthe généalogique et Thésée doit « “[…] remonter le temps comme on remonte ce qui était démonté ” » (Viart, Vercier 2008, 139) pour entrer dans le labyrinthe du Temps et retrouver dans une certaine mesure le lien avec ceux qui l’ont traversé avant lui : Nissim, Oved, Talmaï. Les Trente Glorieuses . Dans le roman, les Trente Glorieuses, période qui correspond à la jeunesse d’Esther et de Gatsby (le passé lointain), les parents du protagoniste, est le temps du mythe de la prospérité, « un vaste cover-up français » (Toledo, le 20 août 2020) sur les traumas survenus au cours de la première moitié du XX e siècle que Thésée se propose de relire. 23 « […] nous sommes des vies nouées les unes aux autres […] » (TSVN, 239).
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