AGAPES FRANCOPHONES 2023

Labyrinthe(s) du traumatisme intergénérationnel dans Thésée, sa vie nouvelle de Camille de Toledo 185 par un chronotope affectif ( chronos : le temps de l’innocence, topos : la maison de famille) idéalisé et euphorique. Toutefois, la mort de la filiation détruit cette connotation positive de l’enfance et Thésée se trouve prisonnier entre ces deux biographèmes, l’enfance et la mort : Thésée pleure d’être séparé de cette énergie des bois ; si loin de son enfance avec le frère, de la vérité de son enfance quand ils allaient tous les deux courir et jouer et pédaler en se racontant des histoires de monstres qui habitaient dans les feuillages, au bout des sentiers reculés ; c’était avant que Gastby et Esther ne les arrachent à l’innocence de cette vie […] . (TSVN, 181) Ainsi que l’expliquent Viart et Vercier, le « récit rétrospectif » de la littérature contemporaine tend à privilégier deux sujets majeurs : l’enfance (la formation, la découverte, la vision du monde) et/ ou la mort (la maladie, le deuil, l’absence). D’un côté, les récits d’enfance proposent des fragments de mémoire qui reviennent dans le maintenant du récit pour que l’écrivain les comprenne et se comprenne à son tour (ce qui semble être la tâche « herméneutique » de l’écrivain de l’autobiographie). De l’autre côté, l’approche de la mort engendre une autobiographie « rituelle » (une expérience du deuil) et/ ou une autobiographie de l’absence d’autrui qui s’attache à raconter le fragment de vie « où la séparation a déchiré le cours du temps » (2008, 53). Comme un mécanisme de défense, Thésée décide d’oublier son enfance car le concept de la mort lui vient à l’esprit pour lui rappeler l’absence plutôt que le bonheur vécu. Dans le dialogue avec le frère mort, Thésée exprime cette idée J’ai effacé notre enfance, répond Thésée , j’ai annulé tout mon côté gauche ; je l’ai condamné à se taire le jour où je t’ai vu, toi, mon gaucher, allongé, dur et froid dans l’appartement avec le père prostré, assis à tes côtés ; et tu as raison, j’aurais pu me relier à la joie de nos jeunes années, mais il n’en restait rien […] . (TSVN, 192). De plus, ce moment tragique de la disparition devient un repère pour Camille de Toledo qui explique lui-même comment la mort s’impose dans son enfance quand il prend conscience du concept de la solitude imposée : J’ai eu très tôt le pressentiment que je serai, en quelque sorte, le seul restant. Je n’en parle pas dans Thésée, mais depuis que le livre est terminé, un souvenir traumatique est revenu très fort en moi. J’ai treize ans et nous redescendons de la montagne, mon père conduit et il neige. Nous approchons d’un barrage qui coupe la vallée et la voiture se met à glisser. [ …] Plus personne ne bouge et

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