AGAPES FRANCOPHONES 2023

Claudiu GHERASIM Université de l’Ouest de Timiș oara, Roumanie 186 il y a du sang partout autour de moi. C’est à cet événement que je fais remonter cette raison traumatique enmoi qui semble avoir toujours su qu’« ils » allaient mourir et que je resterai après eux. (Toledo, le 20 août 2020, souligné par l’auteur ) La mort de la filiation et les synchronies . Une autre histoire du labyrinthe généalogique se construit à la suite de la mort de la filiation directe, le temps passé le plus proche du présent de la narration (le passé récent) qui regroupe trois morts : le suicide du frère suivi par la mort subite de ses parents. Pour ce qui est de la « déambulation » et de la « confusion » créées par la mise en récit de cette tresse architecturale, ce sont les répétions de dates dans la lignée de Thésée, « la synchronie des naissances et des morts au fil du temps » (Toledo, le 20 août 2020), qui suggèrent un entrelacement ou bien la concrétisation de la « synchronicité » 25 de Jung : le vingt-six janvier marque le décès de la mère, trente-trois ans après la naissance de son fils ; puis, le trente novembre, l’ancêtre se suicide, un événement qui résonne avec la naissance du futur père du protagoniste, surnommé Gatsby (TSVN, 105). À partir de ces « lapsus du temps », Thésée devient obsédé par le sens caché dans le « labyrinthe des chiffres et des dates » qui mêlent, voire confondent les vies et les morts : « des coïncidences, diront celles et ceux qui ne veulent pas comprendre ; mais moi je dis : “ les lapsus du temps ” , là où le passé se mêle à l’avenir, où le contour assuré des corps se trouble devant tout ce qui relie les noms entre les âges. » (TSVN, 19-20). La tresse généalogique des synchronies reçoit un pouvoir si labyrinthique qu’elle conduit finalement à une « folie » de signes : « qu’y a -t-il dans ce martèlement des dates ?/ quelle fragilité sous la fiction glorieuse ?/ pourquoi le frère se tue un premiermars ?/ quel sens y a-t-il à tous ces chiffres ?/ comment ne pas devenir fou ? » (TSVN, 96 , souligné par l’auteur ). Cette « folie sémiotique » dont Thésée souffre, également observée par Jérôme, le frère mort, dans l’épisode du dialogue – alors le frère se mit à parler (printemps 2019) , p. 193-194 – , est un concept que Toledo avait étudié lors de son doctorat sur le « vertige », où les signes s ’ enflamment et les indices abondent. Dans la confusion et la 25 Dans son article, Marie-Laure Tour parle de la thèse de la synchronicité qui peut être résumée comme une « [u]nion intime entre l’homme et l’univers, entre matière et psyché, entre le passé et le futur, entre l’ici et l’ailleurs, entre les vivants et les morts, entre les origines et la fin... » (2002, 50).

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