AGAPES FRANCOPHONES 2023

Labyrinthe(s) du traumatisme intergénérationnel dans Thésée, sa vie nouvelle de Camille de Toledo 187 déambulation de la « synchronicité » de dates et d’ombres d’autrefois et de maintenant, Thésée tente de « se sauver » et sa folie reflète celle d’une personne en train de mourir, atteinte de paralysie, cherchant à donner un sens à cette déchiffrage (Toledo, le 23 mars 2021). Le présent entre translation et exégèse . Le présent de la narration se trouve dans une relation d’interdépendance avec le passé. Malgré la tentative de fuir de Thésée, qui part au début du roman avec ses enfants pour les éloigner de l’h/Histoire et trouver les promesses de la vie nouvelle, l’enquête du passé s’impose inévitablement : « Si l’enquête dans laquelle se lance Thésée révèle que le récit sur lequel est fondé son départ pour Berlin est faux, elle permet également de comprendre qu’il s’origine, comme un réflexe hérité, dans une puissante fiction. » (Laumier 2023, § 8). Thésée se trouve pris entre les fils de sa généalogie, la lignée des hommes qui meurent , les mensonges de l’enfance, les rêves de sa mère et les illusions de son père. Il est confronté aux mythes et aux récits transmis par les descendants de son aïeul, qui s’est suicidé d’un coup de pistolet sans que personne n’ait le droit d’en parler. Ensu ite, se superpose l’histoire glorieuse du succès et des Trente Glorieuses, censées tout reconstruire. C’est dans cet enchevêtrement de réalités que Thésée se rend finalement aux forces qui le condamnent (TSVN, 70-71). Le présent de Thésée correspond à l’enquête diachronique qui s’attache à la douleur du temps et qui va au-delà du côté historique pour dévisager le traumatisme, le trouble, la folie et les blessures de la mémoire que les siens ont voulu effacer. Ainsi, le maintenant du récit tourne lentement mais profondément autour du retour en arrière – et autour toutes ces couches du passé dont nous avons parlé – pour chercher, questionner, se questionner et finalement se libérer « de cette charge du survivant » (TSVN, 65). Sa traduction des légendes familiales dans une démarche remarquablement dense et minutieuse instaure un nouveau rythme, semblant ainsi se libérer de la « synchronicité généalogique délétère » (Huynh le 20 août 2020) qui s’est définitivement imprimée, comme les figures de la peinture The Labyrinth (1951) de Robert Vickrey, dans les parois du labyrinthe temporel. Une « (re)lecture » de ces couches textuelles architecturales du labyrinthe généalogique permet de constater que la construction de la tresse, qui apparaît au début identique à une

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