AGAPES FRANCOPHONES 2023
Labyrinthe(s) du traumatisme intergénérationnel dans Thésée, sa vie nouvelle de Camille de Toledo 189 l ’ impact du trauma ne peut être réalisée que par l ’ imitation de ses structures et de ses symptômes, entraînant ainsi une dissolution de la temporalité et de la chronologie. Cela se traduit par des récits marqués par la répétition et la délinéarisation (Whitehead 2004, 3). En ce sens, le roman devient également un labyrinthe pour le lecteur qui doit rétablir l’ordre chronologique des épisodes et retrouver le fil conducteur du sens dans la construction d’un « agencement de voix » qui transgresse l’organisation d’un arbre généalogique pour accéder à l’échafaudage d’un génosociogramme en action sur « les effets des guerres, des disparitions, des suicides dans le temps » (Toledo, le 20 août 2020). Modelé entre des chapitres qui relient le passé et le présent, les personnages – parfois les personnes – les uns aux autres, sous la forme d’une « continuité texturée », le roman propose un voyage du retour et la victoire du savoir sur la violence aveugle qui marquent l’écrivain et son double à la fois . Cette épreuve de trouver le sens se traduit ainsi par un mouvement en spirale de l’écriture, en « irradiant » également la forme du texte : « Je me rends compte que j’ai toujours ressenti ce besoin de “ travailler la page ” , la composition, le mode d’apparition de la phrase dans le livre. » (Toledo, le 20 août 2020). La lecture mythocritique du texte explique également le travail stylistique de l’écrivain qui, dans la phase de composition, transgresse la trame narrative non seulement par la forme poétique et la multiplicité générique, mais encore par la phrase qui « emporte » – plus que la narration, comme le souligne Camille de Toledo lui-même (le 20 août 2020). Par l’entremise d’un entrelacement cyclique des phrases longues d ’un avant stratifié – les couches textuelles du passé – et d ’ un maintenant pétrifié – le présent entre translation et exégèse – , le processus de l’écriture s’éloigne en spirale de son centre, c’est -à-dire le traumatisme intergénérationnel, à mesure qu’elle tourne autour de son centre pour tisser l’échafaudage de la spirale stylistique du labyrinthe textuel : « Le langage romanesque ne se contentera pas de suivre les détours du labyrinthe, il sera lui- même créateur de labyrinthe. » (Brunel 2013, 18). L’entrelacement et la cyclicité au niveau de l’expression (les mêmes références au passé, aux personnages et aux traumas qui reviennent) suggèrent la perte et l’errance non seulement de Thésée, mais encore de l’écriture même qui cherche à décoder
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