AGAPES FRANCOPHONES 2023

Claudiu GHERASIM Université de l’Ouest de Timiș oara, Roumanie 190 les intrications généalogique s 26 . Suivant l’esthétique de la lamentation adaptée au mythème du labyrinthe, le roman approche le processus de réitération. L’idée est renforcée au niveau de la ponctuation par la disparition du point final et la domination du point-virgule qui relie les mêmes scénarios situationnels (le suicide, la mort, la fuite, le rejet du passé) qui se manifestent (à rebours ou identiquement) au fil du temps : rien ne commence, rien ne finit, tout revient ; le point-virgule sépare ainsi des « membres » de phrase grammaticalement indépendants, mais logiquement liés, tout comme les membres de la famille de Thésée sont (presque) indépendants du point de vue spatio-temporel, mais généalogiquement/ traumatiquement lié s 27 . Le fragment, vu comme une longue phras e 28 commencée ex abrupto sans majuscule et constamment développée, comportent d’autres phrases juxtaposées, séparées (ou introduites ?) par les points- virgules qui délimitent d’un côté, les 26 Les intrications des phrases correspondent ainsi aux intrications généalogiques de la diégèse illustrées à la page 47 quand le narrateur (se) demande : « … à l’heure où Thésée s’en va vers l’Est, la lecture du texte de son ancêtre aurait sûrement pu l’éclairer ; je me dis aujourd’hui qu’il aurait pu y trouver des clefs pour comprendre le tour qu’avait pris son existence : cette histoire de rupture avec son pays, sa famille et tout son passé qui semblait aller à rebours de la trace laissée par le petit fantôme : il aurait pu en lisant ce texte errant tisser des liens tels qu’il s’en noue à travers des miroirs entre le reflet et celui qui s’y mire : l’inversion qui s’accomplit où la gauche devient une droite, et la droite une gauche, où le visage identique apparaît mais retourné ; son départ, sa cavale, son entêtement à effacer lui seraient peut-être apparus comme un négatif de la passion d’Oved pour les fables de la continuité française ; sa quête pour rompre, pour troubler la généalogie, et l’impossibilité qu’il ressent d’ être français , est- ce l’écho de ce désir de l’enfant mort il y a longtemps qui aurait aimé être roi ? » (TSVN , souligné par l’auteur ), mais également à la page 188 quand Jérôme conclut post-mortem : « c’est cette croyance archaïque qui nous prend, qui nous possède, alors que partout nous pensons être des existences modernes , engagées dans le monde ; depuis la mort, je le vois ; il y a, tu as raison, cette espèce de continuité que je ne remarquais pas vivant ; tout le temps est réduit et comme compressé ; les noms s’emboîtent entre les générations et j’ai même la sensation que le crâne de l’ancêtre est avec nous dans cette tombe ; car ce flot, entre les âges, nous déborde et rien n’est séparé ; tout s’entrelace. » (TSVN , souligné par l’auteur ). 27 La réitération en tant que figure de style est ainsi liée à la réitération psychogénéalogique comme thème : « le vingtième siècle, après tout, qu’est -ce, sinon trois générations qui ont cru à l’avenir jusqu’à ce que la foi dans la promesse reflue ? Thésée, c’est là que nous sommes apparus ; nous voulions, nous aussi, inventer l’avenir, mais le tremblement nous a pris… » (TSVN, 189). 28 La remarque est pertinente au niveau du roman entier aussi : le début de la phrase sans majuscule de l’incipit est prolongé , par l’entremise d’autres phrases juxtaposées qui forment le roman, jusqu’à l’excipit, déterminé par le seul point final (de la page 9 à la page 244).

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