AGAPES FRANCOPHONES 2023

Salma LAHRAOUI Université Mohammed V de Rabat, Maroc 202 particulier de la représenter de façon imagée. Tout d’abord, il est important de s’arrêter un moment sur la phrase qui ouvre ce passage à savoir : « Elle a entonné un long premier cri, la fillette » (LALF, 176). À la lecture de cette citation, deux remarques s’imposent. D’une part, l’intensité de la voix est suggérée par le substantif « cri » lequel est qualifié de « long ». Un attribut qui désigne l’étendue de ce son aigu. D’une autre part, afin de décrire l’action d’émettre celui-ci, la narratrice choisit le verbe « entonner » qui est certainement au premier abord fort intrigant, mais a posteriori très révélateur surtout si nous le corrélons avec l’adjectif « premier ». Afin d’éclaircir la signification que nous octroyons à cet emploi, nous proposons, avant tout, de définir le verbe « entonner ». Celui-ci renvoie à l’action de « commencer à chanter » ( Le Petit Robert 2016, 888). Ce détour sémantique nous permet d’avancer que ce sont des premiers sons qui riment parfaitement avec le cri liminaire de la jeune bergère. Ce qui, dans le contexte algérien, nous rappelle le you-you , « cri aigu longuement modulée, poussé en certaines circonstances par les femmes arabes » ( Le Petit Robert 2016, 2756), marque d’allégresse, et aussi signe de deuil. Il en découle que le cri de Chérifa s’ensuive à l’extériorisation d’une émotion difficile à contenir et à mettre en mots : la perte d’Ahmed. Or, les prémices de ce son, exprimant une émotion brute, ne tarderont pas à se développer. C’est ce que confirme l’extrait suivant : « Son corps se relève, tache plus claire dans la clarté aveugle ; la voix jaillit, hésitante aux premières notes, une voile à peine dépliée qui frémirait, au bas d’un mât de misaine. Puis le vol démarre précautionneusement, la voix prend du corps dans l’espace » (LALF, 176). À la lecture de ce passage, une remarque pointe : la voix de Chérifa est mise en relation avec son corps. Dans ce sens, un fort important constat surgit : le relèvement du corps de ce personnage féminin est consécutif à l’éruption de sa voix. Néanmoins, la dimension corporelle reste quand même prisonnière d’une condition alambiquée. C’est ce qui est renforcé par la description suivante : « Son corps se relève, tache plus claire dans la clarté aveugle » (LALF, 176). Notons que le corps est, ici, rapproché d’une tache. Si nous considérons la signification de ce substantif : « Altération à la surface d’une substance, petite étendue de couleur, d’aspect différent du reste », ( Le Petit Robert 2016, 2495) nous avancerons que Chérifa sera distinguée des autres femmes ou d’elle-même par,

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