AGAPES FRANCOPHONES 2023

De quelques (tentatives de) transgressions culturelles dans L’Amour, la fantasia d’Assia Djebar 203 nous le devinons, la capacité qu’a sa voix de s’élever, en fin, pour représenter l’intensité de la douleur ressentie. Cette démarcation est amplifiée par l’adjectif au superlatif relatif « plus claire ». Nonobstant, nous remarquons que l’éclat de ce lambeau baigne dans une « clarté aveugle ». Employée par la narratrice, l’oxymore exprimée ici associe deux termes divergents. Une association qui met en relief la lumière qui se dégage du jaillissement de la voix de Chérifa. C’est un aspect qui se trouve contrasté par le qualificatif « aveugle » qui évoque la condition opaque dans laquelle est enfermée cette voix féminine. Toutefois, si le redressement du corps féminin fut, en amont, inhérent au surgissement de la voix, il concourt, en aval, au retentissement de celle-ci. Se réalisant progressivement, ce fait est décrit métaphoriquement dans l’extrait que nous reproduisons ci-contre : « la voix jaillit, hésitante aux premières notes, une voile à peine dépliée qui frémirait, au bas d’un mât de misaine. Puis le vol démarre précautionneusement, la voix prend du corps dans l’espace » (LALF, 176). Introduisons le passage, la première proposition « la voix jaillit, hésitante aux premières notes » (LALF, 176), appelle deux remarques. D’abord, elle soutient l’emploi du verbe « entonner » dans la citation suivante : « Elle a entonné un long premier cri, la fillette » (LALF, 176). Dans ce sens, nous pouvons avancer qu’en proférant les premières notes, tel un maestro, Chérifa donne le ton aux autres femmes dont les voix se déchaîneront. Ensuite, cette citation met, également, la lumière sur l’état de cette voix féminine lequel est trahi par l’attribut « la voix jaillit, hésitante » (LALF, 176). L’adjectif employé ici contribue à mettre en relief le manque de fermeté et d’assurance caractérisant la voix de Chérifa lors de son premier jet. Signalons que cette qualification est dédoublée d’une métaphore de la voix comme voile. Le choix d’utiliser cette figure par analogie découle du désir de la narratrice de décrire le jaillissement de la voix non de manière sommaire, mais de lui octroyer une dimension plus expressive. Remarquons, dans ce sens, que voix et voile appartiennent à deux champs sémantiques différents. Toutefois, la substitution de la première par la seconde s’inscrit dans un véritable processus de représentation imagée. Autrement dit, si le vent fait propulser un voilier, le cri, lui, de Chérifa est déclenché puis animé par une gamme d’affects néfastes. Afin de décrire l’émergence de cette voix, la narratrice la rapproche de l’action

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