AGAPES FRANCOPHONES 2023

Salma LAHRAOUI Université Mohammed V de Rabat, Maroc 208 D’entrée de jeu, nous pouvons encore repérer que dans l’extrait choisi (LALF, 11), le groupe nominal « le corps de la fille nubile » (LALF, 11), le pronom « la » ainsi que le groupe prépositionnel « en elle », désignent ensemble l’instance affectée par cette répression d’ordre spatial. Celle-ci est particulièrement frappante. En effet, nous pouvons noter une remarque pertinente : on ne parle pas de la femme mais de « la fille nubile » (LALF, 11). L’interrogation autour de ce choix d’appellation est, à notre sens, tout à fait légitime. Dans Le Petit Robert, l’adjectif « nubile » caractérise une personne « qui est en âge d’être mariée » (1711). Il ressort que le choix de ce stade de développement humain recèle moults significations. En effet, au cours de cette période de nombreux changements hormonaux, physiques et psychologiques apparaissent. C’est au cours de cette phase que se développe une réelle soif d’indépendance et d’autonomie. C’est aussi l’âge de l’exploration et, surtout, de l’affirmation de soi. Suite à toutes ces transformations, le corps féminin s’épanouit et découvre le désir et l’affection amoureuse. Tout à fait naturelle, cette pulsion est perçue par le système patriarcal comme un danger qu’il importe d’apprivoiser. Il s’agit de le prévoir et de freiner son éventuelle floraison. Chez Djebar, le désir est étroitement associé à la prise de conscience de l’existence de soi. C’est ce que met en relief Anna Rocca à travers les propos suivants : Notre auteur fait […] coïncider le désir et l’existence, en tant qu’elle définit le désir comme la force motrice de l’être humain, ce qui le pousse en avant vers l’avenir et vers toute forme de connaissance. Le désir constitue un espace mental et physique de découverte du monde. Il est aussi l’espace verbal d’expression des sentiments et espace psychologique à l’intérieur duquel les émotions sont transmises à l’autre. (2004, 17) Cette réflexion est fort captivante dans la mesure où elle offre une lecture croisée des deux notions : « existence » et « désir ». En effet, l’auteur ne se contente pas de les juxtaposer, mais s’engage à les faire dialoguer ainsi qu’à les critiquer à la lumière de leurs moults lieux de rencontre lesquels se joignent dans l’idée du désir comme essence de l’être humain. En effet, nous pouvons remarquer que Rocca associe le désir à une « force motrice » (Rocca 2004, 17). Autrement dit, c’est une puissance qui produit un mouvement. Dans notre contexte, il s’agit d’un pouvoir d’agir féminin à l’encontre des interdits. Dans ce sens, le désir sera perçu

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