AGAPES FRANCOPHONES 2023
Quand la liberté est un délit dans L’affaire de l’esclave Furcy de Mohammed Aïssaoui 215 « liberté » lui-même a bien été voué à de multiples distorsions dans la réalité. En effet, dans l ’œuvre étudiée, nous observons qu ’ il existe une conception générale du terme ainsi que le négatif de cette idée dans sa mise en application. Si les conceptions divergent, il s ’ agit d ’ abord de comprendre les différentes perspectives qui les réunissent : entre les personnages dits victimes du système, notamment le personnage principal Furcy, ainsi que sa mère Madeleine, les esclavagistes qui entendent tout mettre en œuvre pour maintenir ce système économique avantageux, les « noirs blancs » c ’ est-à-dire les Noirs qui endossent le comportement des Blancs esclavagistes, mais encore la perspective bienveillante de l ’ auteur de l ’ ouvrage dans sa démarche intellectuelle de rédiger l ’ ouvrage. L ’ histoire repose sur les mémoires de l ’ abjection d ’ un homme libre tenu cependant pour esclave pendant une large partie de son existence ainsi que sa lutte acharnée pour demander sa libération (même si cela semble un paradoxe). En réalité, « Furcy est un Malabar, c ’ est-à-dire un habitant de la côte ouest de l ’Inde… né à Bourbon, dans l’ habitation » de la tante de son maître Lory, qui le lui a légué à sa mort « en même temps que sa mère [Madeleine] qui vient de Chandernagor » (AEF, 22). Lory devient ainsi propriétaire de « la succession de Md e V e Routier » (AD de La Réunion, 6M 154, recensement de Saint Denis, île Bourbon, 1817). Madeleine avait été « vendue à une religieuse du nom de Dispense, le 8 décembre 1768 à l ’ âge de neuf ans » (AEF, 24). Il semble tout de même y avoir deux dates distinctes selon le Plaidoyer de Me Ed. Thureau pour le sieur Furcy, indien [contre les veuves et héritiers Lory, demeurant à l ’ île Bourbon, qui prétendaient être ses propriétaires]. De l ’ esclavage et de la traite des Indiens. De la maxime : tout esclave qui touche la France est libre, etc . (1844, 3) qui précise quant à lui que la date de vente était le 8 novembre 1768. Aussi : [a]lors [que la religieuse] la reconduisait dans son pays natal, la religieuse, âgée, avait fait escale à l ’ île Bourbon. Elle s ’ était sentie trop fatiguée pour continuer le voyage jusqu ’ en Inde. Elle avait donc confié Madeleine à Mme Routier et la lui avait « donnée » à condition qu ’ elle lui accorde l ’ affranchissement et qu ’ elle l ’ aide à retourner à Chandernagor » (AEF, 27), ce qui n ’ allait jamais se passer en réalité. Quel acte infâme que cette incitation à l ’ oubli ? Comment différer voire annuler
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