AGAPES FRANCOPHONES 2023
Sonia DOSORUTH Université de Maurice, Maurice 216 l ’ affranchissement d ’ une personne ? Pire, comment « [cacher] l ’ acte d ’ affranchissement » (AEF, 28) d ’ un être humain, comme cela a été le cas pour Madeleine ? La complexité de la définition du mot « liberté » est dans ce cas directement liée au fait qu ’ on procède par la négation de la personne, ce qui est légitimé par les instances publiques, plus particulièrement par les autorités locales de Bourbon. En cachant cet acte d ’ affranchissement, on procède volontairement à une incitation à l ’ oubli, en passant par une amnésie générale orchestrée. Ce qui devient de fait une négation acceptée par la conscience collective est imprégnée par l ’ écriture qui en devient son matériau expressif. En ce sens, l ’ écriture de la négation, de la marginalisation, et indirectement de la hiérarchisation des êtres humains, dans une logique (illogique ?) de validation des identités, s ’ appuie grandement sur la complexe définition du mot « liberté ». La liberté est d ’ autant plus complexe lorsqu ’ elle confère différentes formes de liberté à une même descendance. Madeleine est retenue esclave « plus de vingt ans » par Mme Routier, jusqu ’ au 6 juillet 1789 (quelques jours avant la Révolution française). Sa fille, Constance, est une « quarteronne » parce qu ’ elle est « une esclave issue de l ’ union d ’ un blanc et d ’ un sang mêlé » (AEF, 39) expression, parmi « [m]ulâtre, marron » créée « pour désigner des animaux » (AEF, 39). Elle est affranchie un an seulement après sa naissance (AD de La Réunion, 1B9J25, no 439, actes d ’ affranchissement) et l ’ on suppose que le tonnelier Mattieu Vetter est son père (AD de La Réunion, 1Jp2007-1, no. 36). Furcy, fils de Madeleine, sera injustement retenu « à titre d ’ esclave chez Monsieur Lory, gendre de Madame Routier » (AEF, 46). Il existe alors comme une disjonction du Même, où chaque entité recèle sa propre réalité au-delà de l ’ aspect multidimensionnel de sa description. Il s ’ agit là d ’ une des raisons pour lesquelles Mohammed Aïssaoui a ressenti cet appel pour réinvestir l ’ Histoire. Il ne s ’ agit pas dans ce cas de brouiller les pistes en réécrivant l ’ Histoire mais de se positionner en tant que la voix des sans voix. Mais comment le sacro-saint mot « liberté » peut-il être habité voire imprégné d ’un nœud de problématiques ? Nous constatons qu ’ il s ’ agit là de motifs prégnants de l ’ esclavagisme ambiant de l ’ époque, porteurs d ’ extrêmes violences. Ce sera l ’ institution de ces interprétations diverses qui contribuera à la plausibilité d ’ une déstabilisation de l ’ ordre esclavagiste, ou tout
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