AGAPES FRANCOPHONES 2023

Quand la liberté est un délit dans L’affaire de l’esclave Furcy de Mohammed Aïssaoui 221 La transgression se fait jour parce que le système en place a profondément aidé à déshumaniser l’être humain. Furcy « ne faisait jamais allusion [aux] violences quotidiennes, ni [aux] humiliations » (AEF, 152) dont il était victime après avoir porté son affaire en Cour et après avoir perdu en deux occasions, en première et en deuxième instances. La vengeance de le faire payer était la conséquence d’avoir transgressé, d’avoir désobéi aux restrictions. Par exemple, si l’un des esclaves dont il était responsable était maladroit, on le battait aussi bien que l’esclave ; il a aussi « reçu des coups de pied et des coups de poing » (AEF, 152). Furcy avait reçu une piastre pour avoir redoublé un vêtement pour Mme Lory, mais cette dernière « le lui reprocha si souvent, affirmant qu’il ne le méritait pas, que l’esclave finit par remettre sa piastre. Alors monsieur Lory tomba sur lui et l’accabla de coups » (AEF, 152). Ces châtiments corporels démontrent comment la transgression mène à la torture mais en y observant de plus près, la cartographie des violences – physique comme psychologique – injecte chez le personnage Furcy toute notion possible de résistance, d’accommodement ainsi que des formes de survie. Ils nous permettent également de prendre la mesure des propos de Paul Gilroy qui, dans les années 1990, parlait de la nécessité de reconstruire « l’histoire primitive de la modernité […] à partir des points de vue des esclaves » (2003, 84), ce que Mohammed Aïssaoui réussit remarquablement bien, et ce qui explique comment la transgression, au final, permet de désobéir aux restrictions. 3. La liberté est un délit : de l’Histoire à la posture auctoriale L’émouvante histoire de l’esclave Furcy repose sur un non- sens dès le départ ; une personne − devenue personnage littéraire − est maintenue comme esclave alors qu’il n’en est pas un. La liberté semble dès l’entrée en matière un délit. Cependant, nul ne peut nier le fait que passer de l’Histoire pour la transformer en récit nécessite une prise en compte de la posture auctoriale et, notamment de la liberté prise avec l’archive qui devient un « foyer de subjectivation » (Piégay-Gros 2014, 73-87). Cet acte ne s’inscrit pas nécessairement dans le but d’opacifier volontairement le texte original par idéologie mais de recréer par là même un lien intime et personnel avec non seulement l’histoire de Furcy mais aussi avec une forme de

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