AGAPES FRANCOPHONES 2023

Sonia DOSORUTH Université de Maurice, Maurice 224 Cette atteinte aux valeurs fondamentales de la liberté individuelle atteindra son sommet lorsque le procureur général, Gilbert Boucher, décide de se rendre à Paris pour « alerter les pouvoirs publics » (AEF, 112). En effet, alors qu’il se trouve sur le bateau pour Bordeaux, il lit une annonce exigée par Desbassayns dans La Gazette de l’île Bourbon : « Monsieur Gillot de l’Etang, avocat général, vous remplacera » (AEF, 112- 113). D’une part, une procureur-général expulsé et d’autre part, son substitut exilé à Saint-Benoît, sont autant de faits marquants l’affaire de l’esclave Furcy. Dans la foulée, on pensera à éloigner Furcy également car les esclaves voyaient en lui un précurseur, celui qui avait réduit subrepticement l’étanchéité vers la fin de l’esclavage. Comme le précise Sue Peabody : […] des avocats et des juges ont parfois aidé certaines affaires à évoluer dans le sens du programme abolitionniste, que ce soit en soulevant des questions de droit ou en influençant l’opinion publique. Les alliés de Furcy, lors de son appel de Paris, entretenaient des liens directs avec le roi et la reine, dont les sensibilités libérales étaient manifestes depuis la révolution de 1830, mais qui, dans les années 1840, étaient de plus en plus réceptifs aux manœuvres dilatoires du lobby esclavagiste. Fondée sur les deux éléments clés qu’étaient le principe du sol libre et l’exclusion des Indiens de l’esclavage, l’argumentation juridique de Furcy était compatible avec la politique d’émancipation gradualiste de la monarchie de Juillet. (2017, § 43) À contrecourant de toutes les tentatives pour réduire son libre-arbitre et son autonomie, pour lui enlever ce qui lui appartient de plein droit, la liberté, Furcy utilisera sa capacité à écrire pour rédiger des lettres à Boucher, et suivre son parcours. D’ailleurs, Aïssaoui précise avoir retrouvé « SEPT LETTRES SIGNÉES FURCY » (AEF, 141). Les esclavagistes bourbonnais qui voulaient maintenir la réduction en esclavage de tous leurs esclaves ainsi que Furcy n’ont, au final, pas atteint leur but ultime, malgré leurs menaces et l’usage de la violence. Même s’il est déclaré « en état de liberté » (AEF, 193) un 23 décembre 1843, il faut préciser qu’à la cour de Cassation à Paris, son avocat, Me Thureau, a précisé que l’esclavage ne concernait nullement les Indiens (AEF, 179) et que même s’il existait, avant 1792, l’esclavage des Indiens à Bourbon et à Pondichéry, il s’agissait d’un « état des choses… reconnu à Pondichéry par plusieurs règlements de police » (AEF, 180), or, que ces derniers « ne sont pas des lois » (AEF, 181). Et même si Me Moreau, avocat de Lory, pour se défendre précisera que « Les Indiens

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