AGAPES FRANCOPHONES 2023
Fatima Zohra LABED Centre Universitaire de Mila, Algérie 228 dans la plupart de mes romans […] Tout d’ abord parce que je suis algérien et que l ’ Algérie a une histoire particulièrement douloureuse. » (1987, 33). Effectivement, de nombreux écrivains, en réaction contre ces maux qui accablaient la patrie, assurèrent la couverture de sa situation tragique. Que ce soient des écrivains de l ’ ancienne ou de la nouvelle génération, ils n ’ ont pas échappé à la contestation et à la remise en question de l ’ Histoire et de l ’ actualité amère du pays, non pas pour faire un travail d ’ historien, mais pour faire reconnaître l ’ abus et les mauvais effets. Dib et Boudjedra, appartenant à deux générations différentes, constituent deux univers scripturaires distincts. Cependant, nous avons choisi ici de les rapprocher en raison de leur traitement de la même thématique, à savoir la guerre de libération. Écrite à deux voix et en deux contextes différents, quelle représentation ces deux écrivains nous livrent-ils de cette guerre et quelle différence pouvons-nous en tirer ? En effet, l ’ Algérie a connu deux guerres, une première de décolonisation et une seconde fratricide. La différence entre la situation sociale et politique des deux époques, la nature des deux guerres elles-mêmes créent une situation d ’ énonciation et de dénonciation différente et un discours distinctif. L ’ objectif de cette étude est d ’ examiner les questions liées à l ’ aspect contestataire de la littérature algérienne et de comparer l ’ écriture de l ’ événement révolutionnaire de 1954- 1962 dans ces deux moments historiques. Néanmoins, notons qu ’ en dépit de cette écriture contestataire, souvent référentielle, nous essayons de dégager sa valeur esthétique et créative. Afin de mieux systématiser notre étude, nous avons choisi de nous intéresser à trois romans de Mohamed Dib, publiés en différents moments de la guerre. L ’ Incendi e 1 paru en 1954, l ’ année du déclenchement de la guerre de libération ; Un été africai n 2 paru au beau milieu de la guerre, en 1959 ; et Qui se souvient de la me r 3 , publié l ’ année de l ’ Indépendance, en 1962. Quant à Rachid Boudjedra, nous avons choisi deux de ses 1 Mohammed Dib, L’Incendie , Paris, Seuil, 1954. Dorénavant désigné à l’aide du sigle I , suivi du numéro de la page. 2 Mohammed Dib, Un été africain, Paris, Seuil, 1959. Dorénavant désigné à l’aide du sigle EA , suivi du numéro de la page. 3 Mohammed Dib, Qui se souvient de la mer , Paris, Seuil, 1962. Dorénavant désigné à l’aide du sigle QSM , suivi du numéro de la page.
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