AGAPES FRANCOPHONES 2023
Contestation et création dans la littérature algérienne d’expression française 231 plusieurs seaux d ’ eau pour que les marques des coups disparaissent. » (I, 98). Tout au long du récit, la parole est donnée aux fellahs pour dénoncer les conditions misérables dans lesquelles travaillent et vivent : « moi, mes enfants et ma femme, nous avons tout le temps faim. […] Ma femme et mes enfants et nos affaires avaient été jetés dehors » (I, 112). Toutefois, l ’ incident du meurtre d ’ un ouvrier sur les terres des colons à un moment où les agriculteurs récoltent le blé démontre combien les colons sont dépourvus de toute valeur et de tout principe humain : La machine secouait sauvagement ses grandes articulations d ’ acier ; un homme y était pris et ballotté de toutes parts, […]. De grosses gouttes de sang pleuvaient lentement sur les épis qui avaient été tout à l ’heure rasés. […] Des ouvriers surgirent de tous côté, […] Juste à cet instant, un autre Français arriva […] — Qu ’ on ne le touche pas ! Allons, vous ! Tous à votre travail. Et plus vite que ça ! […] — Au travail ! Au travail ! Sinon les heures perdues seront déduites de la paye. (I, 72-73) C ’ est ainsi que les ouvriers répondirent à l ’ appel de Hamid Seraj : « Nous sommes ici pour discuter ensemble de ces questions, fit Hamid Saraj. » (I, 77). Hamid Saraj est une figure patriotique et instruite. Militant nationaliste, connaissant la lutte politique, son rôle est de semer l ’ éveil dans l ’ âme des agriculteurs. Il leur a mis en tête l ’ idée du rassemblement, une idée à laquelle ils n ’ auraient pensé guère. Dib recourt ici à la forme dialoguée pour véhiculer l ’ idéologie que représentent les personnages et qui se lit également au fil des pages : — Chut ! Chut ! Laissez-nous écouter ! — Nous nous sommes réunis pour discuter de choses qui nous tiennent à cœur. Nous serons donc plusieurs à vouloir parler. Mais si nous parlons tous en même temps, celui qui est à l ’ est n ’ entendra pas celui qui se trouve à l ’ ouest. Le désordre et la confusion s ’ empareront de nos propos malgré notre bonne volonté. (I, 78). Ce passage sous-entend l ’ appel à la solidarité, à l ’ unification du peuple qui peut, seule, unir les différents mouvements de résistance des quatre zones du pays : « Nous voulons une base morale : l ’ union de tous. Nous ne pouvons agir que coude à coude ; je dirai mieux : cœur à cœur. » (I, 94). En effet, la vague de violence s ’ est aggravée après la grève des ouvriers. L ’ autorité française lorsqu ’ elle s ’ est trouvée
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