AGAPES FRANCOPHONES 2023

Fatima Zohra LABED Centre Universitaire de Mila, Algérie 232 contestée, elle a dévoilé son vrai visage, celui de la force brutale. Le masque de « civilisatrice » est tombé. Le colonisateur ne s ’ est pas contenté d ’ emprisonner Hamid Seraj et de menacer les autres, il a brûlé les cabanes qui abritaient les paysans. L ’ incendie a consumé ces misérables huttes qui s ’ étaient transformées en un tas de cendres aux yeux des fellahs et des Français. En effet, l ’ incendie était un stratagème planifié par les colonisateurs pour mettre fin à la grève. Néanmoins, pour les paysans ce feu n ’ est que le début d ’ un autre plus large et plus intense : « Un incendie avait été allumé, et jamais plus il ne s ’ éteindrait. Il continuerait à ramper à l ’ aveuglette, secret, souterrain ; ses flammes sanglantes n ’ auraient de cesse qu ’ elles n ’ aient jeté sur tout le pays leur sinistre éclat. » (I, 117). Si cet incendie constitue un « événement » pour le colonisateur, il incarne la révolution pour les Algériens. L ’ incendie évoque la destruction du système colonial et la renaissance de l ’ Algérie de ses propres cendres. Avec ce texte, Dib démontre que la violence coloniale est insupportable et la guerre de Libération est le seul moyen pour mettre fin à la force occupante. Cependant, la libération exige que la population entière soit impliquée dans la guerre et ait une seule voix. Comme le souligne Mohammed Dib dans une interview donnée au Figaro Littéraire : « […] en tant qu ’ écrivain, mon souci lors de mes premiers romans, était de fondre ma voix dans la voix collective. » (1964, 7). Il est intéressant de constater que la vision de l ’ engagement de Dib se base sur le don ainsi que sur le partage avec les autres. Dans L ’ Incendie , la parole est donnée aux paysans pour contester eux même leur souffrance ; les idées nationalistes et révolutionnaires sont partagées par Hamid Seraj, figure emblématique, derrière laquelle se dessinent une idéologie communiste, une parole rebelle et une Algérie combative. Dib ajoute dans ce sens : « Au même titre que tous les Algériens je suis engagé dans la lutte, indépendamment même de la littérature. Il se trouve qu ’ étant écrivain, c ’ est sur ce terrain de la littérature que j ’ ai choisi de combattre. » (1961). Dans cette optique, Dib donne un sens à son écriture, qu ’ il considère comme partie prenante de son parcours d ’ homme engagé et de son combat pour l ’ éveil d ’ une conscience nationale combattante qui aboutit à la révolution du 1 er novembre 1954.

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