AGAPES FRANCOPHONES 2023

Contestation et création dans la littérature algérienne d’expression française 233 Sous l ’ influence de la chaleur provenant de L ’ Incendie , Dib produit son roman Un été africain . Ici, le soleil est chaud, mais si l ’ incendie ne laisse que des cendres, le soleil est le foyer de la lumière. À travers ce texte Dib annonce déjà les rayons lumineux de l ’ Indépendance. Expulsé d ’ Algérie en 1959 par la police française en raison de ses activités intellectuelles militantes, marié à une Française, Dib ne représente pas dans son texte l ’ idée de se défaire de l ’ épouse, de la fiancée ou de l ’ amie française pour se consacrer à la révolution comme chez Haddad, Mammeri et Mimouni. Tout comme L ’ Incendie , dans le roman Un été africain , où il est question de dénoncer l ’ adversaire et énoncer une parole souveraine, se dessine, en toile de fond, le combat armé. En effet, dans Un été africain , l ’ adversaire est présent à travers ses actes menaçants. Il est l ’ Autre, sans visage et sans nom. Le « ils » en italique envahit le texte et indique déjà que l ’ adversaire est tellement détestable qu ’ il n ’ y a pas de mots dans le langage de l ’ auteur pour le décrire : « Je ne sais pas ce qu ’ ils ont, mais ils ne pensent qu ’ à tirer vengeance du pauvre monde. Avec leur loi, ils nous assassinent proprement » (EA, 10). L ’ aspect de la saisie de la terre, fortement contesté dans L ’ Incendie, n ’ occupe que rarement le premier plan dans Un été africain . Néanmoins, dans le passage suivant, Dib parle de l ’ occupation du sol et de sa récupération de manière très significative et poétique : Quand on quitte la route, il y a des vignes, encore des oliviers... des oliviers à perte de vue... C ’ est comme une grande tapisserie au soleil. Toute cette terre est au colon Barnabé ; lorsqu ’ on vient de la retourner, elle est si rouge qu ’ on croirait qu ’ elle saigne, et elle dégage une lourde chaleur. Nous habitons, nous, sur les talus, à flanc de montagnes... (EA, 124). Ce passage montre que l ’ auteur ne dissimule pas le prix qu ’ il fallait payer pour avoir la liberté. La déshumanisation du colonisateur est ici flagrante et laisse voir aussi celle du colonisé, réduit à une bête : « L ’ homme, mesure de toute chose ? dit Djamal. Je vois de mes propres yeux l ’ état de bête à quoi il a été réduit, le peu de prix que coûte une vie humaine » (EA, 27). Dans Un été africain , Dib saisit la guerre en train de se faire et parle de l ’ intérieur de son peuple. Tous sont impliqués dans le combat, tous sont des héros, même ceux qui n ’ ont pas pris les armes, à l ’ instar de Marhoum, qui, après le départ de son fils au maquis, s ’ est occupé du ravitaillement des maquisards et de

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