AGAPES FRANCOPHONES 2023

Contestation et création dans la littérature algérienne d’expression française 235 La jeune femme cherche une issue et, de cette façon, le récit devient une quête dans un monde qui lui est devenu hostile. Comparé à L ’ Incendie , fortement centré autour de Hamid Seraj dont la mission est d ’ éveiller la conscience nationale du peuple et le soulever à la lutte pour la liberté, Un été Africain entrecroise plusieurs séquences et met en scène de nombreux personnages issus des milieux sociaux distincts et avec des discours différents, ce qui offre à l ’ écriture comme à la pensée une dynamique et une vivacité qui rentrent dans la théâtralité (Akaichi 2000) du roman. Néanmoins, dans Qui se souvient de la mer , le regard de Dib est porté plus sur le rayonnement des personnages militants que sur leur action. Parmi beaucoup d ’ autres exemples, en voici deux, très illustratifs : « Le regard d ’ El Hadj, devenu plus clair, m ’ enveloppait. Il rayonne si fort à cet instant, que mon ami disparut dans cette lumière où je pus voir au-delà de la simple apparence des choses. » (QSM, 19). Et de même en ce qui concerne Nafissa : « La voix de Nafissa s ’ était peut-être évaporée mais Nafissa, rayonnante, elle, dans la nuit extrême, se dressait devant moi » (QSM, 20). En effet, Qui se souvient de la mer constitue le début d ’ une nouvelle écriture de la guerre. Dans la postface à sa première édition (1962), Dib écrit : […] Pourquoi Picasso a -t-il peint Guernica comme il l ’ a fait, et non comme une reconstruction historique ? [… ] pas un élément réaliste dans ce tableau — ni sang, ni cadavre — et cependant il n ’ y a rien qui exprime autant l ’ horreur. Picasso a fixé seulement et ordon né des cauchemars sur sa toile […] . (189-190) Cela dit que Dib cherche une autre voie, « non-réaliste », pour écrire. Comme Picasso qui, sans aucun élément réaliste, a fixé l ’ horreur sur une toile, l’écrivain algérien veut exprimer la sienne à l ’ aide d ’ allégories oniriques. Comme nous l ’ avons déjà dit, le feu dans L ’ Incendie annonce une nouvelle Algérie qui, comme le phénix, naîtra de ses propres cendres ; le soleil d’ Un été africain diffusera une lumière qui monte de l ’ obscurité : « J ’espère…Parce qu’ il n ’ y a pas d ’obscurité sans lumière, de mal sans bien…Parce qu’ on ne peut pas ne pas espérer… » (QSM, 59). Mais, quel est le rôle de la mer dans tout cela ? Dans Qui se souvient de la mer , l ’ eau a détruit les anciens édifices construits par le colonisateur, la vieille cité est retournée à son état primitif, « dans un rire vertigineux puis silencieux » (QSM, 83). Néanmoins, la ville du sous-sol habitée par

RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=