AGAPES FRANCOPHONES 2023

Fatima Zohra LABED Centre Universitaire de Mila, Algérie 236 les maquisards est restée intacte, ces derniers seront comme la souche, la racine qui reste en terre et de laquelle un rejeton sortira pour donner un nouveau grand arbre, pour reconstituer la ville ruinée. Dib parle des « embryons de cité », d ’ une « taupe qui marche sous les rues » et d ’ autres qui « foulaient le sous-sol, à l ’ ébranler, avec un bruit de tonnerre » (QSM, 10). Cette dichotomie déconstruction/ construction de la mer est mise en évidence par Jean Chevalier et Alain Gheerbrant : La mer est un symbole du dynamisme de la vie. Tout vient de la mer et tout y revient. Il est un lieu de naissance, de la transformation et de la renaissance. Avec ses marées, la mer symbolise un état transitoire entre informes virtualité et réalité formelle, une situation ambivalente de l ’ incertitude, le doute et l ’ indécision qui peut finir bien ou mal. (1982, 623). Dans Qui se souvient de lamer , Dib rompt avec tout réalisme, avec lequel a été dépeinte la vie sous la loi coloniale dans les deux premiers romans de notre corpus. L ’ auteur semble ici ne pas vouloir utiliser le lexique lié à la guerre et choisit des mots méconnaissables comme « hospodar », « spyrovirs » ou « iriaces ». Les soldats de l ’ armée française sont appelés « les minautores ». Dans la mythologie grecque, le Minaotaure est « un animal fabuleux au corps d ’ homme et à tête de taureau, se nourrissant de chair humaine. D ’ après le Trésor de la langue française, « minotaure » signifie aussi « fléau (personne ou chose) qui détruit, qui dévore. » (QSM, 68). Selon Charles Bonn, les minotaures « qui deviendront des momies sont les éléments d ’ un système celui de la répression coloniale » (1988, 53). Le minotaure symbolise ainsi l ’ armée française, ce fléau qui engloutit tout sur son passage. Dans le texte, plusieurs spyrovirs « se mirent à hurler de tous les côtés, […] d’ autres spyrovirs criaient sue la Souiqua » (QSM, 26). Toujours selon Charles Bonn, les spyrovirs pourraient être les véhicules militaires avec leurs sirènes enclenchées : « […] il serait aisé de voir dans les minotaures des soldats, et dans les spyrovirs à la sirène agressive des jeeps de l ’ armée. » (1988, 68). Dans Qui se souvient de la mer , les iriaces renvoient aux « oiseaux guerriers, les oiseaux iriaces qui se gavent d ’olives […] battent de leurs vagues ricanantes les falaises de Lalla Setti » (QSM, 14), et « qui crachent sur la ville des noyaux d ’ olives et des sarcasmes » (QSM, 15). Les iriaces pourraient être les avions militaires, une sorte d ’ hélicoptères monstrueux de l ’ armée coloniale.

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